Dans les rues d’Yvetot cette après-midi là, un défilé militaire marchait fièrement en direction du rond-point en face de la mairie en passant devant l’église. Un long cortège en fanfare se faisait entendre.
Inauguration de plaques commémoratives
Une première halte au rond-point où une cérémonie est prévue. En effet, une plaque commémorative est inaugurée dans les honneurs. Monsieur Le Maire déclare que « nous avions la Place de la Victoire mais pas de Rue de la Libération. »
Madame Rosemary Rudland, déléguée de mémoire auprès de l’Ambassade du Canada et membre du comité Juno Canada Normandie est présente au nom de « la voie du souvenir de la première armée canadienne. »
Monsieur Le Maire, Francis Alabert, remercie Madame La Déléguée de l’Ambassade du Canada de sa présence et de celle de l’armée canadienne.
« Le premier septembre 1944 à 11h27 précise, un premier char canadien arrive (…) suivi de troupes britanniques. » rappelle t-il. Sur le fronton de la mairie, avec fierté, est inscrite la devise française « Liberté, Egalité, Fraternité » et le comité de Juno a eu l’honneur de recevoir le label 80e anniversaire.
Madame La Déléguée exprime sa « gratitude et reconnaissance pour votre soutien à notre comité et à la mémoire de cette grande armée. » Elle ajoute que les panneaux sont interactifs et honorent l’unité de formation d’une quinzaine de nationalités différentes. Actuellement, ils sont en cours d’installation dans plus de 80 communes normandes.
La semaine prochaine, elle se rendra en Belgique où cela a eu un impact très positif. En effet, six communes y sont concernées. Les panneaux seront traduits en néerlandais par ses soins. Un QR Code permet de découvrir l’histoire de cette puissante armée, le site web du comité de Juno avec un lien de retour vers l’actualité de la commune où le panneau est installé.
Quelque chiffres sont rappelés.
« 42042 soldats des forces armées canadiennes ont perdu la vie. » 54414 blessés et 8995 prisonniers. Elle souligne un point important, il faut « se souvenir et perpétuer le travail de mémoire afin de ne jamais oublier le sacrifice de ceux morts sur le champ d’honneur car les oublier, c’est les trahir. Les trahir signifierait qu’ils sont morts pour rien. » Des populations civiles innocentes ont été victimes de la guerre.
La Déléguée conclut par un extrait du poème » For the Fallen » de Laurence Binyon :
« Ils ne vieilliront pas comme nous,
qui leur avons survécu.
Ils ne connaîtront jamais l’outrage
ni le poids des années.
Quand viendra l’heure du crépuscule
et celle de l’aurore,
nous nous souviendrons d’eux.
Réponse : Nous nous souviendrons d’eux. »
Alors qu’il était venu aider la France, la Croix Rouge dans un hôpital britannique en Haute-Marne, dans le château d’Arc-en-Barrois aménagé par le duc de Penthièvre pour accueillir les blessés, le poète a été bouleversé par le nombre de victimes et a écrit ces lignes devenues mondialement célèbres pour leur rendre hommage.
La musique s’en suit dans l’émotion. La Marseillaise se fait entendre avant de dévoiler la plaque.
Hommages devant l’Hôtel de Ville
Le cortège se dirige vers la mairie où la seconde partie de la cérémonie a lieu. Les noms de toutes les personnalités présentes sont énumérées par Monsieur Le Maire. Ses propos sont forts.
« L’exode, comment oublier les dénonciations, les déportations et comment oublier aussi cette charge de plomb que l’occupant avait mis en place pour donner encore une symbolique de terreur encore plus forte? Tout d’abord, en incendiant la ville, plus de 80% de la ville a été détruite par l’occupant et bombardée par la suite bien après et pour encore plus de terreur, pour encore un climat plus terrifique, deux jeunes yvetotais ont été fusillés au rond-point des Dames Blanches. Marcel Cacheleux et Bernard Delmotte. » Une plaque commémorative est à cet emplacement.
Ville meurtrie, saccagée dans une France divisée en deux, politiquement et géographiquement. « Certains s’étaient vautrés dans la collaboration. » D’origine sociale et religieuse différente, certains se sont retrouvés, engagés fortement pour la liberté. Le débarquement des troupes alliées en Normandie, en Provence soutenu par des troupes africaines, » beaucoup sont tombés en pénétrant sur le territoire français. » Néanmoins, grâce à eux, la France a été libérée.
Jean Ferrat, dans une chanson disait, « je twisterai les mots s’il fallait les twister pour que les enfants connaissent qui vous étiez. » Ce message est fort aujourd’hui, il renvoie à un appel à la solidarité et au bien-vivre à la française.
« Certaines sirènes peuvent aujourd’hui nous signaler et nous chanter quelques mauvais airs à savoir la ségrégation, la différence de l’autre, l’influence du racisme, le pointer du doigt, car je rappelle, tous ces aigris-là forment souvent le terreau des dictateurs. »
Le Général parle ensuite avec des sentiments qui le rejoignent.
Été 1940, les nazis débarquent en ville et en cinq jours prennent le contrôle d’Yvetot. » Le centre est incendié, les habitants plongés dans l’effroi, l’église Saint-Pierre est ravagée par les flammes », 326 maisons sont mises à mal et une centaine complètement détruites. « Le cœur historique devient un champ de ruines. »
« Ces quatre jours marquent le début de quatre longues années d’occupation et privation, souffrance et douleur sont le quotidien des habitants. Des hommes et des femmes ordinaires animés par un courage extraordinaire se regroupent en réseaux clandestins décidés à combattre l’occupant par tous les moyens. » Il souligne leur héroïsme sans faille. Les alliés ont été amenés à bombarder la ville pour la libérer.
« La libération d’Yvetot n’est pas seulement une victoire militaire. Elle est un symbole de solidarité et de résilience. » Il termine en disant que « nous avons le devoir de nous souvenir et de transmettre ces valeurs d’engagement, de résistance et de résilience aux générations futures. » Enfin, ces symboles » démontrent notre volonté à renforcer les liens qui unissent nos nations et à préserver les valeurs de fraternité et de liberté qui les unissent. Vive la République et vive la France. »
Dépôts de gerbes de fleurs
La cérémonie s’achève par le dépôt de gerbes de fleurs par les représentants de l’événement ainsi que par un hommage à toutes les victimes d’Yvetot et de son canton. Leurs noms sont énumérés, les drapeaux baissés au son du roulement des tambours et de la musique, la Marseillaise est jouée.
Remerciements s’en suivent sous La Marche de Robert Bruce interprétée par la Fraternelle. Les autorités rendent hommage aux porteurs des drapeaux en les saluant un à un.
Le mot de la fin revient au maire, « je suis né pour te connaître, pour te nommer Liberté. Merci à tous. » Pour accompagner Monsieur Le Préfet, la Fraternelle, allez-y. » ajoute t-il.
Finalement, Place des Belges, quelques véhicules de guerre et une petite exposition documentaire relatant l’histoire était proposée.


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