Comprendre un individu

« Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé… »

Roland Barthes

Que lisez-vous dans le regard d’un individu? Que lisez-vous sur son visage?

Quelles pensées et réflexions pouvez-vous deviner ? Quels émotions et sentiments pouvez-vous déceler ?

Que ressentez-vous en le voyant? Quelles impressions vous viennent à l’esprit?

Le sentez-vous bien ou mal, c’est-à-dire, avez-vous des pressentiments?

Que vous dit votre instinct?

Voilà les principales questions à se poser à chaque rencontre. Il faut apprendre à lire entre les lignes, à comprendre les intentions et à réfléchir correctement.

« L’inconscient se déploie dans les effets de langage. »

Jacques Lacan

Dans certains cas, il est bien difficile de savoir. La personne en face de nous est si introvertie et fermée qu’on ne perçoit rien, quel étrange sentiment ! On a l’impression que cette personne ne ressent rien tant sa distance et sa froideur surprennent.

Au contraire, parfois, une personne est capable de nous bouleverser et de nous marquer longtemps. Comme un livre ouvert, il est si facile de la comprendre et de faire preuve d’empathie. Touché par sa sensibilité, l’envie d’aider et de soutenir nous presse. On ressent sa souffrance, sa tristesse, son désarroi, sa fragilité est palpable. Que lui est-il donc arrivé? Quel est ce vécu qui l’habite? On voudrait résoudre ce mystère.

L’autre cas de figure, on aimerait le résoudre également mais il faut se contraindre à poser des questions toujours plus nombreuses pour décoder cet individu dont on se sent séparé par une barrière invisible qu’on ne peut franchir bien qu’on aperçoit un peu ce qu’il se trouve derrière.

Quelle force et quel courage cela nécessite t-il de se contenir à ce point et de tout dissimuler?

Faire l’autruche, faire abstraction, se retenir de réagir, ignorer, autant de synonymes pour définir la chose. Faire preuve de patience pour ne pas exploser. Garder le stress en soi et souffler, se changer les idées, passer à autre chose. Il y a des situations où se défendre ne fait qu’empirer et s’écraser, se taire semble être une solution.

Les yeux en disent long, comme dit ci-dessus, le reste du corps aussi.

« Dans la communication, le plus compliqué n’est ni le message, ni la technique, mais le récepteur. »

Dominique Wolton

Un sourire, une grimace, un clin d’œil, les sourcils, la tête, la gestuelle, la position des jambes, du corps, l’orientation de ce dernier, tant d’indications, liste non exhaustive, pour signifier ses avis et ses opinions.

Dans des temps plus anciens, l’éventail était utilisé pour communiquer et c’était tout en art à apprendre.

Il faut se montrer observateur pour savoir et comprendre. Une personne quitte la pièce, une autre y entre. Une autre encore s’éloigne ou s’approche.

Une personne blêmit, une autre rougit.

« Les soupirs sont le langage du cœur. »

Thomas Shadwell

Chaque détail est à observer et interpréter.

Et si en réalité, une personne d’apparence froide et insensible était en fait tout l’inverse? Elle peut très bien cacher son jeu par souci de pudeur ou pour justement éviter d’en parler et ainsi avoir la paix.

« La chose la plus importante en communication est d’entendre ce qui n’est pas dit. »

Peter Drucker

Et si une personne à l’allure joviale et amicale, l’air sociable et gentil, en réalité, ne se souciait guère de son entourage et que c’était juste du paraître et qu’en fait, elle était très bien toute seule et voulait juste faire bonne impression auprès des autres?

Et si une personne ne montrait qu’un aspect d’elle-même et pas tout? Par exemple, juste l’aspect professionnel et dissimulait sa vie privée et inversement? Certains sont secrets et n’aiment pas trop en dire, d’autres, faute de choix, doivent cacher une partie d’eux-mêmes. C’est le cas lorsqu’ils travaillent sous secret défense et qu’il leur est défendu de révéler quoique ce soit. C’est un engagement qu’ils ont prit.

Si une personne convenablement vêtue n’était pas quelqu’un de bien et inversement? L’habit ne fait pas forcément le moine. Dans certains cas, si, puisque la tenue vestimentaire peut refléter le style et les goûts de la personne, son mode de vie, son travail, sa condition, etc.

Comme on dit souvent, il faut remettre les choses dans leur contexte pour comprendre une situation et une personne. Il ne faut pas juger trop hâtivement.

Certains n’ont pas choisi la vie qu’ils mènent et rêvent de mieux. D’autres sont responsables de par leur mauvais choix, leurs fréquentations, leurs actions et décisions, leurs influences qui les ont entraîné sur le mauvais chemin. La drogue est un motif qui revient fréquemment tout comme l’alcool.

Certains n’ont pas eu un entourage qui leur a permis de s’épanouir. Les relations toxiques, l’éducation, les choix des parents pour leurs enfants puisque cette période conditionne la vie future d’un individu, les conflits familiaux… Le quotidien peut pousser un individu à s’orienter vers telle ou telle voie qui peut être la bonne ou non.

Les évènements permettent de sortir de l’ennui, de créer de l’animation, de donner du sens à son existence. Pourquoi, pour quoi, et pour qui vit-on? Il faut un fil conducteur, une ou plusieurs motivations, des objectifs à atteindre.

L’expérience forge le caractère. On se bat pour qu’un choc, un traumatisme ne se reproduise pas mais on souhaite volontiers vivre un moment de bonheur qui nous comble. Cela représente l’un des enjeux de la vie.

Certains n’ont pas l’ouverture d’esprit ni la sensibilité pour comprendre les autres et ne se sentent pas coupables ni désolés de leurs propos et de leurs actions puisqu’ils n’en ont pas conscience. En clair, ce que les autres pensent et ressentent leur passent au-dessus. Si remarque leur est faite, ils ne se remettent pas en question et ne s’excusent pas, le besoin ne se fait pas sentir.

Comme vu dans un précédent article, le déni peut entrer en ligne de compte aussi. Le refus d’admettre ses torts, la mauvaise foi, l’égo, les freinent aussi dans cette démarche.

Le manque d’empathie est tel qu’il choque l’entourage. On a pas tous le même cœur.

S’éloigner, partir ou essayer de s’y faire, les choix sont limités.

« Si une personne a des problèmes de communication, le moins qu’elle puisse faire est de se taire. »

Tom Lehrer

Cette catégorie d’individus ne voient pas ce qu’ils infligent aux plus sensibles et humains. Ceux qui ressentent beaucoup et qui voient beaucoup, aussi grâce à leur intelligence qui leur permette de savoir et comprendre tout ce qui les entoure et toute personne de leur connaissance.

Si on parvient à cerner un personnage dans les moindres détails, on est maître de la situation. Cette personne nous apparaîtra prévisible, on pourra l‘anticiper et au besoin s’en défendre. On saura ce que tel comportement et telle attitude signifie dans son cas et les éventuelles conséquences qui en découleront. Après réflexion, on sera mieux préparé à les affronter.

La connaissance et la compréhension sont des clés qui ouvrent de nombreuses portes.

Sans même s’adresser à la personne, simplement en l’observant, on pourrait obtenir certaines réponses et agir en conséquences. Le ressenti fait beaucoup aussi. Elle a l’air dans de bonnes dispositions aujourd’hui, hier c’était plutôt la mauvaise humeur, les préoccupations, certainement des soucis en tête. Des déductions sont faisables et mieux on comprend et plus les erreurs diminuent et on vise de plus en plus souvent juste.

D’après les habitudes, les goûts, le style, le mode de vie, le lieu de vie, des conclusions sont possibles. Plus on connaît la personne et mieux on peut l’appréhender.

L’observation, la curiosité, l‘intérêt, l‘écoute parce que son discours compte aussi, évidemment, elle s’exprime et a son propre langage. A sa manière de parler, aux mots qu’elle utilise, à ses répétions, ses retenues, ses insistances, ses sujets abordés, les messages qu’elle fait passer, etc, on peut en apprendre, bien entendu, long sur quelqu’un.

« La communication consiste à comprendre celui qui écoute. » Jean Abraham

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« Tous les arbres résonnent
Et tous les nids chantent
Qui donc tient la baguette
Dans le vert orchestre de la forêt?

Est-ce là-bas le vanneau gris,
Qui sans cesse hoche la tête, l’air important?
Ou est-ce le pédant qui tout là-bas
Lance toujours en rythme son coucou?

Est-ce cette cigogne qui, la mine sérieuse ,
Et comme si elle dirigeait,
Craquette avec sa longue jambe
Pendant que tous jouent leur musique?

Non, c’est dans mon propre cœur
Qu’est le chef d’orchestre de la forêt ,
Et je le sens qui bat la mesure,
Et je crois bien qu’il s’appelle Amour. », Heinrich Heine