
«Je voudrais que mon âme s’envolât vers le ciel par une toute petite ouverture du cœur», Elisabeth en Bavière
Le dernier voyage de l’Impératrice
« Le 9 septembre 1898, l’impératrice s’embarque à Territet pour Genève. Elle passe les quatre heures de voyage sur le pont du vapeur. Elle a accepté une invitation à déjeuner à Pregny, chez la baronne Adolphe de Rothschild. Avec les célèbres banquiers, la souveraine a aussi des liens d’affaires. »
« Chez la baronne Julie, selon les témoignages d’époque, l’impératrice aurait bu et mangé de bon appétit, contrairement à son habitude, avant de visiter le parc et les serres qui font aujourd’hui partie du Jardin botanique de la ville.
Le domaine de Pregny est toujours habité par la famille de Rothschild et il ne nous a pas été possible d’y pénétrer. » (https://www.letemps.ch/archive-import-drupal/dernier-cri-mouette-marine?srsltid=AfmBOoojCMeod-kRquhNTh3ZHWmMGjpWf5rAlv7w8Ou9uzoEce7FfhKd)
Extraits du livre, Irma Sztàray, la dernière dame d’honneur d’Elisabeth d’Autriche, Mes années avec Sissi (dépôt légal : août 2016) :
« Le 30 août, nous arrivâmes à Caux, et dès le lendemain, l’impératrice organisa nos prochaines excursions. Elle en avait prévu une tous les deux jours. Elles se succéderaient ainsi : Bex-les-Bains, rochers de Naye, Evian, Genève et Pregny, où Sa Majesté désirait visiter le jardin et les serres magnifiques de la baronne Julie de Rothschild. »
« La baronne de Rothschild m’a proposé son yacht pour me permettre d’arriver directement chez elle, me dit sa Majesté. Mais écrivez-lui, je vous prie, que je ne puis accepter son offre aimable parce que je pense m’arrêter à Genève et voyagerai donc par le bateau de ligne. En réalité, l’impératrice était gênée de profiter de ce yacht dont l’équipage avait interdiction d’accepter la moindre gratification. »
« Ce soir-là (le 8 septembre), la baronne de Rothschild m’appela au téléphone (…). Enfin, j’attirai son attention sur le fait qu’elle devait éviter tout ce qui pourrait trahir l’incognito de Sa Majesté. »
« La baronne de Rothschild accueillit l’impératrice à l’entrée de la propriété. C’était une dame d’un certain âge, sympathique, dont l’esprit vif animait les traits, et un être d’une grande distinction. »
Les aventures et péripéties autour de ses journaux intimes
L’impératrice a toujours fuit la vie mondaine pour vivre une vie discrète loin des regards et son quotidien était un jeu de passe-passe et d’ingéniosité pour éviter de se faire remarquer. Elle a passé très peu de temps à la Cour de Vienne et partait en voyage le plus possible. Un train, de l’extérieur, très sobre, dans des tons noirs, et à l’intérieur, somptueux, luxueux et technologiquement performant, était une création qu’elle utilisait régulièrement, installé sur les trains express. Son yacht, le Miramar, lui a tout aussi bien servi. Ainsi, elle s’est rendue dans de nombreuses destinations qui lui tenait à cœur et l’équitation faisait partie de ses passions, des pur-sang qui faisaient sa fierté. Sir Watkin Williams-Wynn, un baron anglais, l’accompagnait volontiers dans ses aventures équestres. D’après lui, «Elle ressemble à un ange et monte à cheval comme le diable».
Extraits de la préface de Le Journal Poétique de Sissi, Elisabeth, impératrice d’Autriche, préface de Catherine Clément et traduction de Nicole Casanova, dépôt légal : juin 2009 :
« En 1951, le Président de la Confédération helvétique se trouva confronté à un cas de conscience. Il venait de faire sauter les scellés d’une cassette contenant les poèmes de feu Son Altesse impériale Elisabeth d’Autriche. »
« L’affaire des trois coffrets commence au beau milieu de l’année 1890. »
« Les poèmes d’Elisabeth d’Autriche seraient remis soixante plus tard au président de la confédération helvétique légataire des originaux. Les droits d’auteur iraient aux « condamnés politiques les plus méritants, et à leur proche dans le besoin. » A moins, ajouta t-elle, qu’on ai découvert le moyen de se rendre dans une autre planète. Et le tout s’adressait à une chère âme du futur qui n’était pas née encore. »
Elisabeth d’Autriche se dressa en faveur du compte Gyula Andrássy, suite aux soulèvements hongrois. Finalement, la double monarchie austro-hongroise est née, unique dans l’Histoire. Très vite, elle s’est prise d’affection pour cette nation désireuse d’être représentée par un Souverain à la hauteur de ses espérances.
« Rebelle contre le règne des Habsbourg au temps de la révolution de 1848, il est le premier Ministre-Président du Royaume de Hongrie après le Compromis Austro-Hongrois de 1867 et Ministre impérial des Affaires étrangères de 1871 à 1879. » Wikipédia.
« Elle ajouta une ligne : « Ecrit en plein été 1890, dans un train spécial filant à toute allure. »
« La première fut remise à Ida Ferenczy, sa dame d’honneur préférée, qui devrait la transmettre à Charles-Théodore, le frère de Sissi. La deuxième était destinée au duc de Liechtenstein, et cachée dans ses appartements, en attendant la mort de Sissi. La troisième alla à des amis aux noms tenus secrets. Tous les dépositaires devaient remettre leurs cassettes au Président de la Confédération helvétique. »
« Vienne, 1931. Pour la première fois paraissent des articles sur les poèmes cachés de l’impératrice. »
« En 1938, un dénommé Hitler se chargea de réduire l’Autriche à l’Allemagne. »
« 1949, la date approche. » Nouvelles péripéties.
« En 1953, l’Académie des sciences procéda à la cérémonie et découvrit qu’elle n’avait pas le droit de lire les poèmes. Destination Berne, obligé. » « Entre-temps, le Président Etter avait reçu la première cassette (…). »
« 1977. Meilleure spécialiste de l’impératrice, l’historienne allemande Brigitte Hamann obtient du Président Furgler l’autorisation de publication. En 1984, excellemment commentés, les poèmes virent enfin le jour aux éditions de l’Académie des sciences de Vienne, pour faire bonne mesure. »
« Le Président Furgler réunit le Conseil Fédéral, qui prit la décision de verser les droits d’auteur de Sissi au Haut-Commissariat pour les réfugiés, émanation de l’ONU. »
« Rien d’elle n’est paru en 1950, et les poèmes ne sont pas signés Titania. (…) « et l’on n’habite pas encore sur la Lune. »
Une visionnaire…
Depuis sa disparition, il y eut la révolution russe de 1917 à 1923 (les tensions qu’elle pressentait), deux guerres mondiales, 14-18 et 39-45, la guerre froide (1945-1989) opposant Etats-Unis et Russie, le mur de Berlin qui s’effondra en 1989 et bien d’autres guerres et conflits… Le 21 juillet 1969, Neil Armstrong fait le premier pas sur la Lune… Quant à l’empire austro-hongrois né en 1867, il s’est éteint en 1918…Franz Liszt présent à la cérémonie s’exclamera, « Elle n’avait jamais été aussi belle… elle apparaissait comme une vision céleste dans le déroulement d’un faste barbare. »
Et sa chère Hongrie? Suite aux émeutes à Budapest, la République Démocratique Hongroise est proclamée le 16 novembre 1918. Elisabeth était républicaine et ne serait pas mécontente de cette situation. La Hongrie devient membre de l’Union Européenne le 1er mai 2004 et intègre l’espace Shengen le 21 décembre 2007.
Son château à Gödöllö et son nom hongrois, Erzsébet, restent dans la mémoire collective. Entourée de dames de compagnie, Hofdame, hongroises, Marie Festetics et Ida Ferenczy mais aussi sa dernière, Irma Sztàray, le peuple hongrois se souvient encore d’elle avec un enthousiasme resté intacte.
Et Franz Josef, son époux ? Il meurt le 21 novembre 1916 au château de Schönbrunn, cette Cour de Vienne, à la sévère étiquette espagnole instaurée par Charles Quint, qu’elle avait toujours cherché à fuir.
Julie de Rothschild
De son nom complet, Caroline Julie Anselme (Julie) von Rothschild, elle est née à Frankfort le 2 septembre 1830 et décède 18 novembre 1907 à Pregny « faisant de son neveu Maurice son principal héritier. »
« Julie tenait sa cour dans sa maison de la rue Monceau à Paris et à Pregny, sur les rives du lac Léman, décrite comme l’une des demeures les plus belles et les plus artistiquement décorées qui soient. C’est là qu’elle reçut son amie l’impératrice Élisabeth d’Autriche la veille de son assassinat. » (https://family.rothschildarchive.org/people/52-caroline-julie-anselme-julie-von-rothschild-1830-1907)
Maurice Edmond Charles de Rothschild
« Maurice Edmond Charles de Rothschild , deuxième fils d’Edmond de Rothschild, naquit à Boulogne-sur-Seine le 19 mai 1881. Considéré par certains membres de la famille comme un personnage rebelle, il s’intéressait trop aux loisirs et trop peu aux affaires qui les soutenaient. Cependant, arrivé à un âge avancé, il devint un milliardaire autodidacte grâce à des investissements judicieux sur les marchés. Maurice se forgea une carrière politique, devenant sénateur des Hautes-Pyrénées à partir de 1919, puis des Hautes-Alpes à partir de 1924. »
« Maurice et Noémie héritent de quelques-unes des plus belles propriétés des Rothschild : rue du Monceau et rue du Faubourg Saint Honoré à Paris, Armainvilliers et Pregny, où il décède le 5 septembre 1957. » (https://family.rothschildarchive.org/people/93-maurice-edmond-charles-de-rothschild-1881-1957)
Marie-Sophie en Bavière
« Veuve en 1894, Marie mène une vie mondaine recourant au soutien financier de la famille de Rothschild. C’est en allant saluer ces derniers que l’impératrice Sissi est assassinée en 1898, un an après la mort tragique de la duchesse d’Alençon dans l’incendie du Bazar de la Charité. »
Il s’agit d’un épisode tragique où les hommes se sont enfuis laissant les femmes aux proies des flammes qui seront donc les principales victimes. La duchesse d’Alençon, petite sœur de Sissi, y meurt en martyre, refusant d’abandonner ces femmes.
Les derniers instants de l’impératrice
Irma Sztàray, dans son livre, la dernière dame d’honneur d’Elisabeth d’Autriche, Mes années avec Sissi, raconte l’assassinat de Sissi le 10 septembre 1898 :
« Machinalement, j’avance d’un pas pour protéger Sa Majesté, mais voici que l’homme semble faire un faux pas, avance encore, et puis soudain son poing jaillit vers l’impératrice. Comme si la foudre l’avait frappé, l’impératrice s’affaisse sans bruit. Quant à moi, affolée, je me penche sur elle en laissant échapper un seul cri désespéré. »
« Un cocher me prêta assistance -Dieu le bénisse !
Je crus à un miracle quand Sa Majesté se tint bien droite devant moi. »
« La joie l’emportant sur la terreur, je lui demandais d’une voie étranglée :
« Comment vous sentez-vous, Majesté? Vous n’êtes pas blessée?
-Non, je n’ai rien, répondit-elle en souriant. »
« Ayant assisté depuis l’hôtel à cette scène épouvantable, le portier du Beau-Rivage était entre-temps arrivé sur les lieux, et il nous pressa de retourner dans nos chambres.
« -Pourquoi? demanda l’impératrice tout en s’efforçant d’arranger sa coiffure. Il ne s’est rien passé. Dépêchons-nous plutôt de gagner le bateau. »
« En chemin, elle me demanda :
-Dites-moi, que voulait donc cet homme?
-Quel homme, Majesté, le portier de l’hôtel?
-Non, l’autre, cet homme effrayant !
-Je l’ignore, Majesté, mais c’est sans aucun doute un infâme scélérat.
-Peut-être voulait-il me voler ma montre. »
ajouta t-elle au bout de quelques minutes. »
« Ses yeux cherchèrent le ciel, restèrent fixés sur les montagnes et de là glissèrent lentement sur moi pour se graver à jamais dans ma mémoire.
« -Que m’est-il donc arrivé? »
Ce furent ces dernières paroles, après quoi elle tomba en arrière, sans connaissance. »
« Il n’y a plus d’espoir. », décréta le médecin (Docteur Golay) au bout d’un moment. »
« A 14h40, le médecin prononça le mot terrible. (…) Pour attester sa disparition on usa d’un seul mot bref : morte ! »
« Je l’adressai (la dépêche) au Compte Paar ( à l’empereur) :
« Sa Majesté l’impératrice a été grièvement blessée, prière de l’annoncer à Sa Majesté l’empereur avec ménagements. »
« De même, il y avait dans les paroles qu’elle avait adressées la veille de sa mort à la baronne de Rothschild un étrange pressentiment, une sorte de prophétie : « Je voudrais que mon âme s’envolât vers le ciel par une toute petite ouverture du cœur.«
« Le ciel avait exaucé son vœu. Elle était morte d’une hémorragie interne (…). »
La clinique de Joli-Mont
« A l’instar de son époux, le baron Adolphe-Charles de Rothschild, fondateur de la première clinique ophtalmique de Genève en 1874« , la baronne (Julie de Rothschild) « fait construire un édifice destiné à abriter un Hospice de charité pour incurables et convalescents. »
« L’Hospice sera édifié à partir de l’année 1878 (…). Le bâtiment est composé d’un petit corps central, qui accueille l’administration, flanqué de deux grandes ailes abritant les cuisines, le réfectoire, les dortoirs, chambres et autres salles de soins. Il ouvre ses portes en juillet 1880 et accueille tous les citoyens genevois, sans distinction d’origine ou de religion. »
« Placé sous la direction de l’Hospice Général – institution qui à cette époque s’occupe des malades – il est administré sous cette tutelle jusqu’à la fin de l’année 1900.
L’année suivante, conformément à la loi sur l’organisation de l’assistance publique médicale, l’établissement est alors placé sous la direction du Département de l’assistance. » « L’établissement compte alors 50 lits. »
« Il se médicalise totalement en 1985 pour devenir la « Clinique de Joli-Mont« . »
« Devenu un établissement médical de droit public, il est désormais doté de la personnalité juridique. Il compte 98 lits et reçoit près de 2.000 patients par an. Il emploie à cet effet plus de 150 collaborateurs. » (https://patrimoinejuifgenevois.ch/de-rothschild-julie-caroline-baronne-la-clinique-de-joli-mont/)
Nadine de Rothschild
« Le bonheur, c’est vraiment une discipline de tous les jours. »
Nadine de Rothschild
« Le 9 septembre 1898, Caroline Julie Anselm von Rothschild, dite Betty, reçut à déjeuner en son château de Pregny l’impératrice Elisabeth d’Autriche, mettant à la disposition de son illustre visiteuse son bateau la Gitana afin qu’elle retourne le lendemain à Territet. Sissi décide de se débrouiller seule et de prendre le bateau régulier devant l’hôtel Beau-Rivage où elle est descendue. On connaît la suite : le 10 septembre, à 13 h 35, Sissi tombera sous le coup de stylet porté par un anarchiste italien. »
« En passant dans une salle à manger, vous traversez le salon où l’impératrice Sissi a partagé son dernier repas, la veille de sa mort. La légende de la cité passe par ces murs. » ((https://www.illustre.ch/magazine/benjamin-de-rothschild-le-destin-brise-dun-homme-presse-331240))
« Ainsi, l’impressionnante Noémie (1888-1968), passionnée de ski et fondatrice de la station de Megève et de l’Hôtel du Mont d’Arbois; la baronne Béatrice (1864-1934) et sa propriété, la villa Ephrussi à Saint-Jean-Cap-Ferrat; la baronne Bethsabée (1914-1999), créatrice d’une Fondation pour les arts et les sciences; la baronne Liliane (1916-2003), à la culture encyclopédique, la plus importante détentrice d’objets ayant appartenu à Marie-Antoinette; Dame Miriam (1908-2005), une des baronnes des plus singulières qui, comme son père, collectionnait les papillons, les coccinelles avant de s’intéresser aux mites et aux puces… »
Nadine de Rothschild décide de rendre hommage à sa famille à travers un livre intitulé, Très chères baronnes de Rothschild, écrit en collaboration avec Eric Jansen. (https://www.fykmag.com/tres-cheres-baronnes-de-rothschildnadine-de-rothschild/)
Nadine de Rothschild est une actrice française née le 18 avril 1932 à Saint-Quentin dans l’Aisne, veuve du baron Edmond de Rothschild. Actrice dans les années 50 sous le pseudonyme Nadine Tallier, elle renonce à cette carrière cinématographique en 1963 suite à son mariage. Son mari la hisse au sommet de la haute bourgeoisie d’affaires et elle se fait connaître par ses essais et ses romans, en particulier par ses traités d’éducation et ses guides de savoir-vivre. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Nadine_de_Rothschild=)
La famille Rothschild a perduré après la mort de Sissi et leur réussite reste incontestable. Leurs liens d’amitié auront probablement continué. La Suisse entretient toujours des liens avec eux, des relations professionnelles. On n’échappe pas à son destin.

« Le grand homme est comme l’aigle; plus il s’élève, moins il est visible, et il est puni de sa grandeur par la solitude de l’âme. »
Stendhal


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