Les débuts d’un mythe

En bref, il veut s’accaparer tout le pouvoir et dominer le monde avec toute sa puissance acquise au fil des victoires et des succès. Au sommet jubilant de sa gloire, il contemple sa réussite et ne veut surtout pas perdre cette position obtenue après tant d’efforts et de sacrifices. Après avoir écrasé les plus faibles et les plus démunis, il ne voudrait pas les voir se rebeller et prendre leur revanche alors il fera tout pour les retenir et les en empêcher. Il rappellera sans cesse qui est le maître absolu de l’univers : lui.

Par la propagande, il essaiera de rallier un maximum de gens à sa cause et à ses ambitions et donc réduire au passage le nombre d’opposants qui pourraient lui faire obstacle. S’il faut tuer pour assoir sa position, il n’hésitera pas mais à condition que cela ne ternisse pas son image alors il préférera les manœuvres secrètes à l’abri des regards. La nuit tombée est un moment privilégié pour éliminer des résistants perturbateurs. Quiconque essaierait de détruire son œuvre risque de mourir. En public, devant le peuple, il garde le sourire et une allure fière. Il se montre indestructible, l’illusion que rien ne peut l’arrêter.

Une surveillance accrue veillera discrètement à ses actions et à ses volontés. Ses « amis » lui rapporteront la moindre information jugée utile, les moindres faits et gestes d’une personne ciblée dans le collimateur, toute tentative sera avortée, en un mot, ils couvrent ses arrières.

Afin d’être sûr de pouvoir mener à bien ses projets, il lui faudra toujours plus de moyens qu’ils soient financiers, matériels ou humains. Il a besoin de cette assurance et aucune faiblesse ni vulnérabilité ne lui est tolérée. Aucune faille ne doit être possible.

L’égo démesuré, il fera tout pour gagner quoiqu’il en coûte. Sa figure doit être connue dans tout le pays, nul ne doit ignorer son existence puisqu’il est le maître absolu et tous céderont. Il fait alors ériger des statues à sa gloire, des affiches, des peintures, dans la presse, les médias, il est partout.

Bien évidemment, dans les articles, la critique est exclue. Son éloge seule doit être dépeinte dans les journaux et les magazines qui relateront ses succès toujours plus nombreux, un palmarès qui fait sa fierté, elle-aussi grandissante. La censure est donc largement pratiquée autant que le chant de ses louanges. Des livres peuvent même être brûlés si ils ne conviennent pas au régime instauré. Chaque écrit doit être en accord avec le pouvoir en place.

Le tyran est un personnage hautement narcissique.

La chute d’Icare

Icare est le fils de l’architecte Dédale et de Naupacté, une esclave crétoise. Père et fils s’échappent ensemble du labyrinthe dont ils étaient prisonniers. En effet, Dédale est un célèbre ingénieur travaillant au service du roi de Crète, Minos.

« La reine de Crète, Pasiphaé, s’éprend d’un taureau blanc donné par le dieu Poséidon et demande à l’inventeur de créer un artifice lui permettant de s’accoupler avec l’animal sacré, requête à laquelle il accède. De cette union naît le Minotaure. Pour cacher le fruit de ce déshonneur, Dédale construit le labyrinthe qui enferme la bête. Dédale donne à Ariane l’idée du fil noué à la cheville de Thésée, lui permettant de retrouver son chemin et de fuir du labyrinthe après avoir tué le Minotaure.

À cause de ses trahisons répétées, Dédale est jeté avec son fils Icare dans le labyrinthe dont il est l’architecte. Ne pouvant emprunter ni la voie des mers, que Minos contrôlait, ni celle de la terre, Dédale eut l’idée, pour fuir la Crète, de fabriquer des ailes semblables à celles des oiseaux, confectionnées avec de la cire et des plumes. Il met en garde son fils, lui interdisant de s’approcher trop près de la mer, à cause de l’humidité, et du Soleil, à cause de la chaleur. Mais Icare, grisé par le vol et par la vue et voulant en voir plus, oublie l’interdit et prend de plus en plus d’altitude. La chaleur fait fondre la cire jusqu’à ce que ses ailes finissent par le trahir. Il meurt précipité dans la mer qui porte par la suite son nom : la mer Icarienne. »

« D’après Dion de Pruse dans le IVe Discours, la machine de Dédale est « impuissante », et Icare est victime de sa vantardise et de sa naïveté.

Le mythe d’Icare aborde des thèmes de la transgression dans les relations parents/enfants ou entre les groupes sociaux esclaves et libres et, plus généralement, entre nature et culture. L’Humain est confronté à l’effet néfaste que peut avoir un conseil ou une interdiction et son désir de repousser toujours plus loin les frontières de l’exploration et de la connaissance, au risque de soumettre sa condition humaine à une épreuve fatale. »

(Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Icare)

On peut aussi interpréter ce mythe comme un rêve de liberté et d’évasion, une volonté de voler jusqu’à l’infini et s’approchant trop près du soleil, on finit par se brûler les ailes. Ainsi, la chute tragique, mortelle rappelle à la réalité, cruelle et difficile à concevoir.

A vouloir s’élever trop haut, on finit par se brûler les ailes. Les rêves de grandeur ne font que prédire une fin tragique.

La modestie et la simplicité sont inconnues aux tyrans qui en veulent toujours plus ignorants aussi les limites de la raison se refusant à demeurer humbles.

L’empire une fois crée, il faut prendre gare à ne pas en perdre le contrôle. Au fond, c’est ce qu’il redoute le plus, lui voir échapper son pouvoir, voir tout s’effondrer du jour au lendemain sans qu’il n’ait pu le prédire, lui qui pensait avoir tout prévu.

La réalité le rappelle à la raison : il n’est pas un seigneur ni un roi, encore moins un dieu, il n’est qu’un simple mortel, un être humain comme les autres qu’il méprise. Il tombe alors de haut, là était sa faille : se croire tout puissant alors qu’il ne l’est pas.

Qui plus est, il n’est pas le premier dans l’Histoire à avoir bâti un empire, un régime répondant à tous ses fantasmes, il n’est pas unique, d’autres l’ont fait avant lui et ils ont échoué. Le passé lui apporte l’expérience, cette possibilité existe.

Le bien triomphe toujours à la fin

Les gentils gagnent toujours au bout du compte. Le bien l’emporte toujours sur le mal. Les tyrans ont tendance à l’oublier quand ils se lancent dans leur épopée extraordinaire. Ils ne font que prendre une longueur d’avance sur l’inéluctable.

Dans la vie, bien souvent, il y a une justice. Peu importe la durée de la terreur, les alliés viennent à la rescousse et la paix revient dominer la population enfin libérée. Après la pluie, le beau temps, comme on dit !

De plus, la violence passée est sans cesse rappelée et le mal ne s’oublie pas. Personne n’a envie de vivre plusieurs fois un traumatisme alors le pays soulagé de ses maux fait en sorte qu’une telle histoire ne se reproduise plus et des moyens sont mis en place pour s’en assurer. Les idées se multiplient, les projets affluent, les ambitions sont encouragées. La paix a toujours été un but premier pour toute civilisation et qui dit paix, dit sécurité.

Source : Google Photo

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« Tous les arbres résonnent
Et tous les nids chantent
Qui donc tient la baguette
Dans le vert orchestre de la forêt?

Est-ce là-bas le vanneau gris,
Qui sans cesse hoche la tête, l’air important?
Ou est-ce le pédant qui tout là-bas
Lance toujours en rythme son coucou?

Est-ce cette cigogne qui, la mine sérieuse ,
Et comme si elle dirigeait,
Craquette avec sa longue jambe
Pendant que tous jouent leur musique?

Non, c’est dans mon propre cœur
Qu’est le chef d’orchestre de la forêt ,
Et je le sens qui bat la mesure,
Et je crois bien qu’il s’appelle Amour. », Heinrich Heine