La paresse intellectuelle se manifeste très tôt. Dès l’arrivée au collège et peut-être avant, on distingue plusieurs types d’élèves : ceux qualifiés d’intello, c’est-à-dire les élèves modèles, qui écoutent en classe, qui se risquent à participer, ceux qui s’intéressent aux cours et qui font sérieusement leurs devoirs se préparant également aux contrôles et examens à venir, espérant obtenir de bons résultats et progresser. Ces derniers sont prometteurs et font la fierté de leurs professeurs et parents qui les encouragent à persévérer et de toujours faire mieux, poursuivre sur cette lancée.

Et il y a les cancres, ceux qui font le bazar en classe et perturbent ainsi les cours. Agités et turbulents, ils ne prennent pas la peine de faire leurs devoirs et de réviser en vue des examens, non, ils ont mieux à faire. Ils veulent faire genre et avoir l’air cool, attirer l’attention par leurs bêtises quitte à se faire punir et cela, ils s’en moquent, défier l’autorité est un jeu. Se fichant de rater leur scolarité, ils sortent, s’amusent et certains consomment des stupéfiants.

Ce rapport à la drogue démarre de plus en plus tôt, les adolescents sont de plus en plus jeunes et c’est préoccupant. Dès l’âge de 12 ans, peut-être plus jeunes encore, alors qu’ils ne sont que des pré-adolescents, presque des enfants, leurs écarts de conduite commencent déjà et tout s’enchaîne au fil des années. Les parents perdent le contrôle de la situation et ne sont pas au courant de la moitié de leurs agissements. Ils ne peuvent que constater leurs bulletins scolaires aux résultats catastrophiques et leur mine fatiguée si ce n’est complètement shootées. Ils ne sont pas si dupes, ils remarquent bien l’état de leurs enfants.

Ces élèves sont totalement désintéressés par l’école, apprendre les ennuient profondément et perdant la mémoire à cause de la drogue, la fatigue, les déboires de la veille, ils ne sont pas concentrés et décrochent rapidement. Ensuite, il est trop tard. Lors de l’adolescence, l’esprit et le corps se forment encore et évoluent. La puberté est une période clé de la croissance. Le cerveau une fois atteint par les stupéfiants, l’alcool et les nuits blanches, il y a des effets irréversibles.

Les parents, pour certains, tentent d’agir en les secouant, en faisant preuve d’autorité mais tout comme la loi est contournée, leurs tentatives sont déjouées et ils ont impuissants. De plus, que peut faire une mère qui est plus petite en taille et plus faible que son fils devenu un grand gaillard? Comment lutter? Les adolescents ont leur propre univers, leur propre langage et les parents ne savent rien et ne comprennent rien. Ils font ce qu’ils peuvent mais sont perdus. Quant aux professeurs, ils constatent que donner des heures de colle et les exclure provisoirement de l’établissement ne produisent aucun effet positif, bien au contraire, cela ne fait qu’envenimer la situation, créer des tensions, de la colère, et inciter, malgré eux, l’adolescent à se rebeller d’avantage contre l’autorité en place.

Comment intéresser quelqu’un qui n’en a tout simplement pas envie ? Nul ne peut le forcer. Il peut donner l’impression d’écouter mais en réalité, son esprit est ailleurs. Et il ne mémorise rien dans sa nonchalance. Il pense seulement à aller rejoindre ses potes. Les leçons sont pour lui une perte de temps, c’est chiant et il trouve cela inutile se demandant à quel moment il utilisera toutes ces connaissances à l’avenir. Argument imparable qu’il ressortira à toutes les sauces, « Cela ne sert à rien. Plus tard, j’aurais oublié. ».

L’adulte en face de lui sait pertinemment que son enfant s’en moque mais c’est de son devoir de l’encourager. S’il échoue, il devra redoubler. Recommencer une année n’est-il pas une réelle perte de temps? S’il veut en finir avec les cours, il faut passer les niveaux, réussir les années scolaires. Vivant au jour le jour avec sa bande de potes, se rend-il compte que son avenir et son destin se jouent en ce moment même?

Ce n’est qu’une fois devenu majeur, adulte, qu’il aura des regrets et il ne sera pas possible de faire marche arrière pour corriger ses erreurs passées. De même, les black out, les trous de mémoires, les problèmes cognitifs deviendront un frein au quotidien et il en prendra conscience. Un jour, il appellera tout ceci ses « erreurs de jeunesse » et ses histoires deviendront des anecdotes à raconter.

Certains remontent la pente et tentent de rattraper leur retard en faisant des études, en se reprenant en main, en se lançant dans des formations afin d’obtenir un emploi à la hauteur de leurs ambitions et ils finissent par y parvenir. Soulagés, leurs parents les félicitent.

D’autres en revanche, persistent dans leurs bêtises et décidément désintéressés des connaissances, se complaisent dans leur analphabétisme et leur ignorance du monde, de la société, des gens. Ils veulent simplement profiter de la vie peu importe de quoi sera fait demain, tant qu’ils continuent à sortir, peu importe s’ils ont un boulot de merde, tant qu’ils ont un logement, peu importe si c’est un taudis, tant qu’ils ont un toit, ils se contentent de peu et n’ont pas d’ambitions particulières. Ils n’ouvriront probablement jamais un livre de leur vie et préfèrent écouter du son plutôt que de la musique et des chansons à textes dont ils ne comprennent pas un strict mot.

Les connaissances s’entretiennent et s’alimentent, on s’enrichit intellectuellement et culturellement et naturellement, notre langage aussi s’enrichit et se précise, et de ce fait, notre communication est à la hauteur de ces apports bénéfiques, belle et agréable à entendre, écouter et à lire puisque l’écriture aussi est riche. Tout ceci contribue à une bonne éducation. Avoir une pensée éclairée, une réflexion, un raisonnement, avoir une bonne expression à l’oral comme à l’écrit constituent un individu bien élevé, civilisé. Un individu qui privilégie les mots à la violence physique qui ne lui viendrait pas à l’idée puisqu’il est capable de prendre la parole et de s’expliquer calmement et intelligemment avec respect et courtoisie, présentant des arguments clarifiant une situation qui a causé du chagrin et de la colère à un interlocuteur blessé. Dans cette logique, des excuses sont formulées et l’incident est clos.

A l’inverse, un individu ne disposant pas de ces capacités, de ces compétences, de ces possibilités puisque même un être civilisé sous le coup des émotions, d’un choc retentissant pourrait sans le vouloir se laisser submerger et frapper quelqu’un mais ensuite, il voudra s’excuser et se faire pardonner s’en voulant longtemps. C’est assez rare mais cela peut arriver.

Un individu n’étant pas doué avec les mots et n’ayant pas les connaissances nécessaires pour raisonner et s’expliquer aura une attitude basique et animale. En colère, il insultera son adversaire, usant d’un langage vulgaire, grossier et agressif, il choisira la violence ne sachant pas faire autrement. Triste, il enverra balader l’autre avec violence et brutalité dans ce langage qu’il connait. Il agira en fait comme un chien qui mord et aboie, un chat qui griffe et felle, comme une bête sauvage.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexithymie

L’alexithymie est le fait de ne pas pouvoir mettre des mots sur ses émotions et ses sentiments, avoir des difficultés à les reconnaître et à les identifier.

Dans cette confusion, un individu triste pourrait penser qu’il est en colère et rejeter les autres qui essaient de le consoler et de le réconforter avant de se rendre compte de son malheur. Il voit alors ce que les autres ont essayé de faire pour lui.

Une personne triste peut lui faire pitié et pour pallier à son incompréhension, il pourrait se moquer d’elle, se montrer malveillant envers elle, aggravant ainsi son chagrin déjà bien présent. Et si quelqu’un prend la défense de cette victime, il pourrait mal le prendre et s’emporter brusquement provocant alors une dispute, un conflit qui n’a pas lieu d’être parce qu’il manque aussi d’empathie envers son prochain. Il n’a pas la profondeur d’esprit et de sentiment pour comprendre l’autre et s’en soucier.

De toute manière, beaucoup ne se rendent pas compte du mal qu’ils font aux autres et restent dans leur déni refusant de se rattraper et de s’excuser parce qu’ils n’en ressentent pas le besoin et la nécessité. Cela crée bien du tord, de la peine, de la tristesse et du désarroi sans possible justice.

Les britanniques ont récemment mis en place des cours pour apprendre le respect des femmes suite à la multiplication des agressions sexuelles et viols. La France avait instauré des cours d’empathie. Est-ce vraiment suffisant ? C’est dérisoire.

En arriver là démontre à quel point, la société est tombée bien bas. Il faut revoir tout le système éducatif, toute les mentalités, il faut apporter des changements en profondeur, revoir les fondations qui se sont effondrées depuis longtemps, au fil des générations. Humainement parlant, quelque chose a été brisé, perdu, et il faut y remédier.

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« Tous les arbres résonnent
Et tous les nids chantent
Qui donc tient la baguette
Dans le vert orchestre de la forêt?

Est-ce là-bas le vanneau gris,
Qui sans cesse hoche la tête, l’air important?
Ou est-ce le pédant qui tout là-bas
Lance toujours en rythme son coucou?

Est-ce cette cigogne qui, la mine sérieuse ,
Et comme si elle dirigeait,
Craquette avec sa longue jambe
Pendant que tous jouent leur musique?

Non, c’est dans mon propre cœur
Qu’est le chef d’orchestre de la forêt ,
Et je le sens qui bat la mesure,
Et je crois bien qu’il s’appelle Amour. », Heinrich Heine