Une emprise se met en place progressivement. D’abord, les protagonistes font connaissance. Rien ne laisse supposer la suite. Celui qui mène la danse sait tout à fait où il veut conduire sa proie. Un objectif en tête, il le balade petit à petit. Il lui fait miroiter des projets, il lui fait part de ses ambitions.
Un trafiquant de drogue peut attirer un jeune dans ses filets en lui expliquant tout l’argent qu’il pourrait se faire, bien plus qu’un petit job étudiant. L’appât du gain l’intrigue, il pourrait en parler à ses potes qui se joindraient éventuellement à l’aventure qui se prépare. Il faut le laisser penser que l’idée vient de lui et qu’il est acteur de la situation, qu’il a choisi et décidé.
Une première mission lui donne une certaine impression de facilité, ce n’était pas si terrible que cela. On lui a demandé de se rendre à un point de deal et de faire le guet. Il s’y est rendu et a fait part des mouvements qu’il a pu observer. Revenu sain et sauf, il croit n’avoir pris aucun risque. Le lendemain, il en informe sa bande de copains et vante le succès de sa mission. Ses potes à son tour se mettent à penser que c’est une idée géniale.
Le meneur s’en frotte les mains, il a trouvé de nouvelles recrues.
Au fil du temps, il multiplie les tâches qu’on lui donne à faire et il s’exécute tout aussi aisément. Le meneur a trouvé un intermédiaire et une sécurité. Un mineur ne prendrait pas cher autant que lui, il pousse un soupir de soulagement. Ce qu’il a traversé par le passé, ces descentes de flics qui l’avaient inquiété sont désormais derrière lui. La relève est assurée.
Les adolescents se sentent cools. En récompense, non seulement, ils peuvent fumer à volonté mais en plus, ils se font du fric, trop bien !
Crédules et naïfs, ils ne se rendent compte de rien jusqu’au jour où ils se retrouvent témoins d’un règlement de compte près d’un point de deal où on leur avait sommé de se rendre. Ils découvrent l’envers du décor. Le soir, en rentrant dans leur famille, ils décident de glisser un couteau dans leur sac au cas où il se passerait quelque chose, au cas où ils seraient amenés à devoir se défendre, à riposter. Cela ne sent pas bon, se disent-ils finalement.
Le meneur vient les voir et fait comme si de rien n’était mais eux savent maintenant. Le meneur le pressent et leur ordonne de garder le silence. S’ils parlent, on s’en prendra violemment à eux, les met-on en garde. Ils trempent dans le business, c’est trop tard. Une menace plane désormais sur eux.
S’ils arrêtent tout et décident de fuir, on les rattrapera. On pensera qu’ils parleront et ce risque ne doit pas être pris. Ils sont bloqués, coincés.
De plus, ils doivent continuer, on a besoin d’eux. Apeurés et sous pression, les adolescents, les petites mains, décident de fumer pour oublier, se droguer pour ne pas penser, se shooter pour rester calme. A force de consommer de la drogue, ils finissent par en être dépendants alors ils acceptent de poursuivre la collaboration parce qu’ils en ont besoin aussi comme leurs supérieurs.
A tout moment, ils craignent d’être découverts, par leurs parents, par les professeurs, par les élèves, leur entourage. Ils doivent la fermer quoiqu’il arrive.
Ils deviennent alors fermés, repliés sur eux-mêmes. Leur mine est blême et fatiguée. Dans les moments de la journée où ils ne peuvent consommer, ils ressentent le manque et se montrent agressifs, irritables et la pression et la peur des représailles s’accroissent.
La nouveauté attire toujours. Au début, tout est toujours beau jusqu’au jour où tout bascule…
L’école à gérer, les cours à assister, les dealers à rencontrer, à retrouver, les parents à gérer, les amis qui ne sont pas au courant à gérer, le manque à gérer, le plaisir de la fumette à gérer, les responsabilités à gérer, les conséquences à redouter, le couteau dans le sac…
L’argent reçu, d’où vient-il? Quelle justification si la question est posée? Comment l’utiliser? Il faut le blanchir. Que dire si interrogé?
Des superettes s’ouvrent, l’argent est utilisé et blanchit. Le tour est joué. Les heures d’ouverture sont inhabituelles mais qu’importe, le commerce est opérationnel. Pour l’instant, l’entreprise fonctionne.
Un jour, des plus gros bras se mêlent aux histoires et la violence fait rage. Le soir, à la fermeture, ils viennent les retrouver et les buter. De l’argent dû n’a pas été rendu, les dettes se sont accumulées et la mort en est la sentence. Ces grosses pointures savaient bien qu’ils ne seront jamais remboursés alors ils se sont vengés ainsi. Les autres ont bien tentés de répondre mais en vain, ils ne faisaient pas le poids.
Les jeunes ne sont pas dupes et ont connaissance de ce qui se trame. Ils pressentent être les prochains. Bien sûr, ils ne peuvent en parler à personne et se sentent vulnérables.
Ils se sentent comme des cibles à abattre. Ils en savent trop. Consommateurs réguliers, en pleine croissance, au terme de leur puberté, ils garderont des séquelles.
Ils ont l’apparence, la tenue, le langage des trafiquants, ils sont devenus leurs pions, comment s’en défaire maintenant? Et comment arrêter de se droguer? Comment redevenir clean et en sécurité? Sortir de cette emprise et retrouver une vie normale, leur vie d’avant? Se faire oublier? On ne les oubliera pas et on ne les loupera pas. Si cela se trouve, ils sont surveillés.
La culpabilité d’avoir entraîner leurs potes dans ces magouilles les dépassent. Ils regrettent profondément mais le mal est fait. Ils pensaient être cools et gagner de l’argent facile, qu’ils ne faisaient rien de mal, que ce n’était rien, qu’ils pourraient arrêter quand ils voudraient mais non, ils ne contrôlent plus la situation.
Leur recruteur s’est fait abattre. Les collègues de leur recruteur ont pris le relais.
Que va t-il se passer maintenant? Les flics patrouillent dans le coin. La vérité finit toujours par remonter. Tôt ou tard, tout se sait.
Les jeunes savent qu’ils ont mal agi, que leurs méfaits seront un de ces quatre punis, que cela constitue des délits graves.
Que vont dire leurs parents s’ils apprennent ce que leurs enfants ont trafiqué? Et leur scolarité? Elle est ruinée, gâchée. Les résultats aux examens sont médiocres. Les connaissances de base leur manquent. Ils n’ont pas étudié, ils ne se sont intéressés à rien. L’école est pourtant un enjeu d’avenir.
S’ils se font prendre, ils deviendront des jeunes en réinsertion, des jeunes en décrochage, en marge de la société, ils devront se rattraper, ce sera difficile.
Entre temps, les parents aussi ont décroché. ils se sentent alors abandonnés. Qui voudra d’eux maintenant ?
Voilà la réalité de beaucoup de jeunes aujourd’hui.
Le manque d’éducation se voit à leur tenue, à leur langage. Ils ne savent pas s’exprimer correctement ni s’habiller convenablement. Ils ne connaissent que la violence et l’agressivité. Ils ne savent pas se tenir et sont incultes, analphabètes. Ils ne savent rien et ne comprennent rien. Ils sont habitués à un certain type de quotidien, de vie et retourner dans la normalité les brusque.
Ils ne savent pas y faire, cela les ennuie profondément. Ils ne voient pas l’utilité de la politesse et du respect ni l’intérêt de savoir bien s’exprimer à l’oral comme à l’écrit et ils ne changeront pas leur style, c’est leur identité. Leur corps aussi porte les marques de leur passé mouvementé, des tatouages, des signes d’appartenance.
Comment oublier d’où ils viennent et ce qu’ils ont fait? Comment oublier leur parcours? Il est bien ancré en eux désormais, c’est leur vécu et leur entourage leur ressemble. Même après avoir arrêté le trafique et la consommation de drogue, ils peuvent difficilement retourner dans le droit chemin parce que c’est devenu leur réalité.
Certains peuvent prendre conscience des bénéfices des changements à opérer et s’en sortir. Ils deviennent quelqu’un d’autre et entretiennent cette nouvelle image, ce nouveau personnage qu’ils cherchent à être et avec le temps, ils se mettent à comprendre avec le recul ce qu’ils ont été et cela leur servent de leçon. Plus tard, ils attribuent cette part d’eux-mêmes à des erreurs de jeunesse et s’ils ont des enfants, se sentent avertis et ne veulent pas que leurs enfants suivent le même chemin et font tout pour que cela n’arrive pas. Certains peuvent rejeter totalement ce qu’ils ont été tant ils regrettent amèrement.
Ceux qui ne parviennent pas à changer sont peut-être ceux qui conservent une part de nostalgie et de fierté en dépit de l’horreur de la situation. Il est possible aussi qu’ils aiment cette vie-là et que bien qu’arrêtés par les flics, ils ne veulent pas y renoncer complètement et font profil bas, font les coups plus en douce, se montrent plus prudents.
La drogue est un fléau mondial. Des cas beaucoup plus graves existent où les jeunes sont endoctrinés de force et se font maltraiter s’ils n’obéissent pas et ce, dans un contexte de pauvreté et parfois de guerre où chacun tente de survivre face à l’adversité.
C’est souvent suite à ces violences que certains débarquent en France pensant s’y réfugier et se mettre à l’abri, rêvant ainsi d’un nouveau départ, d’une nouvelle vie qu’ils n’obtiennent pas forcément. En France aussi, la drogue fait rage et le danger est partout.
Malheureusement, ceci est l’un des problèmes majeurs du monde actuel.


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