Le Camp de Tambow ou le Camp 188

Le Camp de Tambow ou Tambov est aussi appelé Camp 188. Des alsaciens et mosellans étaient incorporés de force dans l’armée allemande et pouvaient être aussi fait prisonnier par les russes et déportés vers ce camp où dans le froid et le travail forcé, les victimes survivaient à peine quelques mois. Inauguré en 1942, il était à l’origine destiné aux russes capturés par les allemands puis s’est étendu lors de la bataille de Stalingrad et finalement les français en ont été victimes aussi l’année suivante désignés sous le terme des Malgré Nous. Le dernier libéré, Jean-Jacques Remetter revint chez lui en 1955.
« En octobre 2007, le Département du Bas-Rhin a pu dupliquer les archives du camp de TAMBOV et de l’hôpital de KIRSANOV. Elles contiennent les livres d’enregistrement des malades pris en charge à l’hôpital n° 5951 de KIRSANOV et les registres de décès du camp de TAMBOV. »
A Mulhouse, un Mémorial a été crée en leur honneur. La démarche se veut symbolique. Une statue en position de martyre est érigée.
« Aux abords du mémorial de Tambov, il y a des bouleaux, comme il y en avait dans l’ancien camp russe où de nombreux Alsaciens et Mosellans ont été internés pendant la Seconde Guerre mondiale. »
Paru en janvier 1995, le livre d’Eugène Riedweg, historien et homme politique français, retrace le récit de ces prisonniers de guerre qui ont tant souffert et s’intitule « Les malgré-nous : histoire de l’incorporation de force des Alsaciens-Mosellans dans l’armée allemande ».
En voici un extrait : « À Tambov, les conditions de détention sont effroyables. Les prisonniers y survivent dans une effarante promiscuité et dans une hygiène déplorable, à l’abri de baraques creusées à même le sol pour mieux résister au terrible hiver russe où la température descend en dessous de −30 °C. Un peu de soupe claire et environ 600 grammes de pain noir, presque immangeable, constituent la ration journalière estimée à 1 340 calories […]. On estime qu’environ un homme sur deux mourait à Tambov après une durée moyenne d’internement inférieure à quatre mois. »
La filière Sengler
Déporté résistant, membre du mouvement Resistance Est, Fernand Sengler (1913-1958) a marqué l’Alsace et en particulier, Villé et ses environs.
Sur le portail culturel de la Mémoire des Hommes du Ministère des Armées, sous la section, « titres, homologations et services pour faits de résistance », on le retrouve : déportés et internés de la résistance (DIR), résistance intérieure française (RIF)
Cote(s) : Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 544883
Service historique de la Défense, Caen SHD/ AC 21 P 674309
Mais aussi dans la section, « base des déportés-résistants » : Service historique de la Défense, Caen
Cote : AC 21 P 674309
Comme lui, de nombreuses autres figures marquantes de cette époque sont recensés.
Domicilié à Villé avec pour profession transporteur, en 1940, au début de la guerre, il a 27 ans. Il fait partie de l’« Organisation de Résistance : Forces françaises de l’intérieur (FFI) – Région C département du Bas-Rhin du 13 juillet 1944 au 2 mai 1945 » et le Musée de la Résistance le décrit comme suit : « Fait prisonnier de guerre par les Allemands le 2 juillet 1940 et évadé le 4. Appartient à une filière d’évasion par Villé et Provenchères-sur-Favre (Vosges). Arrêté par les Allemands le 12 octobre 1944 à Villé, interné au camp de Schirmeck, déporté le 21 novembre 1944 à Rastatt (Allemagne), transféré le 4 décembre 1944 au camp d’Haslach-Vulkan (Allemagne) puis à Sigmaringen (Allemagne), libéré par l’armée française le 21 avril 1945 et rapatrié en France le 2 mai 1945. Né le 23 novembre 1913 à Villé et décédé le 29 mai 1958. »
En haut de la page du musée, on peut lire une citation de Charles De Gaulle : « Quoiqu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. »
L’entreprise Sengler existe toujours et a été reprise par ses enfants, Raymond et Francis. Raymond a lui aussi joué un grand rôle pendant la Seconde Guerre Mondiale où il espionnait les allemands.
Contexte familial
Scierie, transport et logistique, l’entreprise était contemporaine de la scierie de Charles Haas à Thanvillé pendant que son frère Robert Haas conquiert le monde sportif, champion de sidecar et de moto, pionnier dans l’aviation. Camille et Nicole Sengler, maire de la ville et directeur du Club Vosgien, ils ont œuvré activement dans la restauration du château de Frankenbourg dont les rennes ont été reprises par l’association, Les Mains d’Or du Frankenbourg crée par Romain Martin qui en témoigne. Leur souvenir reste préservé dans les mémoires et les archives, une stèle leur rend hommage. Mort accidentellement dans une mission de reconnaissance en Suisse dans une intention de balisage des sentiers, d’une chute de 300 mètres dans la montagne. Leurs corps sans vie sont retrouvés le lendemain matin par des promeneurs. La Société d’Histoire du Val de Villé reporte leur mort à travers un article dans l’annuaire de 1990.
La famille Sengler est relatée dans les journaux. Un documentaire, « Dans la lumière d’Albert », a été réalisé :
« Retour d’Alsace, à Villé, où nous avons rencontré Raymond Sengler, le fils de Fernand Sengler qui a mis en place la filière d’évasion qui porte désormais son nom. Raymond était accompagné de Roland Risch, dont le père et les oncles ont activement œuvré dans la filière Sengler.
Fernand Sengler avait une entreprise de transport et profitait des trajets avec son camion pour cacher des évadés entre la marchandise. Il livrait les fugitifs à d’autres membres de la filière qui fonctionnait comme les maillons d’une chaîne. Chaque maillon était isolé et ne connaissait pas l’ensemble de la chaîne.
Nous avons approfondi nos connaissances sur la manière dont les résistants ont été trahis par une alsacienne collabo. Celle-ci se serait fait passer pour une candidate à l’évasion et aurait dénoncé le système une fois passée par tous les maillons.
Cette trahison a amené l’arrestation et la déportation de l’ensemble des résistants par la gestapo. Après plusieurs interrogatoires extrêmement violents, les gendarmes de Provenchères-sur-Fave ont été amenés au camp de Schirmeck (qui n’est pas le camp du Struthof, situé non loin) avant d’être envoyés vers divers camps de concentration. Albert fut déporté à Dachau.
Aujourd’hui il ne reste rien de ce lieu sinistre, hormis une plaque commémorative sur une habitation construite sur l’emplacement, dans la petite ville de Schirmeck. »
Raymond a lui aussi conservé de tels véhicules, souvenirs de ses actions, près de son entrepôt à Villé. Il est également président de l’APP de Dambach-la-Ville. Récemment, en 2021, son frère Francis, est décédé. Sa disparition a été déplorée dans les journaux. Raymond Sengler, sous-officier, est décoré.
Une chapelle est érigée en la mémoire de Raymond Douvier et des Sengler. Toute l’histoire est relatée par La Société d’Histoire du Val de Villé.
Du Col d’Urbeis à Noirceux, en passant par Villé, le Chemin de la Résistance et de la Liberté élaboré par Fernand Sengler a permis de sauver de nombreuses vies. Charles Haas avait acheté la forêt de Noirceux et notre famille l’a revendu il y a quelques années, elle faisait partie des dernières qu’il nous restait encore.
Le travail de mémoire se confirme…
Dans le journal DNA, on peut lire : « Les passeurs, ces héros
Entre le col d’Urbeis et le col de Noirceux, douze panneaux sur environ 10 km retracent l’histoire de passeurs qui ont risqué leur vie pour aider des fugitifs à traverser la frontière séparant l’Allemagne et la France en pleine Seconde Guerre mondiale. Depuis son ouverture en mai 2015, le Chemin de la Résistance et de la Liberté a permis à de nombreux marcheurs de se souvenir. »
L’année dernière, « Bassemberg, Fouchy, Lalaye et Urbeis ont célébré ensemble, samedi 23 novembre, les 80 ans de leur libération de l’armée allemande. » Sur la photo figure Raymond Sengler qui fait donc partie des fils de passeurs et de résistants.
Le 26 juillet 2016, Raymond et Roland, fils et neveu des résistants Charles, Robert et Fernand Risch se sont vus à Villé afin de se souvenir.
https://lumieredujour.wixsite.com/danslalumieredalbert/filiere-sengler
De nombreuses photos d’archives sont consultables sur ce site qui rassemblent bien des souvenirs de guerre et de faits de résistance.


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