Outil de communication et secret de langage
Eventail, outil de communication de ces dames d’un temps révolu, secrets de femme , langage non verbal, que voulaient-elles exprimer?

Source : Femme à l’éventail ou Au bal, Berthe Morisot, https://journals.openedition.org/rhcf/2294
Exprimer ses émotions
Les yeux, fenêtres de l’âme, le visage à demi caché, les sentiments sont à deviner derrière ce délicat paravent. Regard profond, regard triste, larmes aux coins de l’œil, regard rieurs, moqueries semi avouées.

Source : Edouard Manet, Berthe Morisot à l’éventail, visible au Musée d’Orsay.
Ce que dit sa bouche, ses yeux n’en disent qu’une partie. Qu’a t-elle à l’esprit? Ceci est une toute autre question. Percer son langage serait une avancée, découvrir les secrets de son âme supposerait une conversation à cœur ouvert. Elle seule décidera du moment où elle sera prête à se dévoiler à supposer que l’homme ne soit pas découragé par tant de fins stratagèmes.
Si elle peut séduire un homme qui l’approche, elle peut aussi l’éloigner d’un coup d’éventail sur sa main qu’elle juge déplacée. Ses yeux peuvent aussi envoyer des éclairs bien dirigés ne manquant pas sa cible. Qui a dit que les mots étaient nécessaires pour montrer sa colère? Le silence en dit long, réponse efficace à celui qui l’agace.
Que disent ces deux femmes dissimulées derrière leurs éventails? Commentaires, critiques, compliments? Complicité féminine que nul ne peut altérer, langage commun, compréhension immédiate, le message est transmis, implicite. L’éventail cachant leur rires éventuels, comment être sûr de deviner juste?
Si un homme essayait de lui faire sa cour, elle pouvait lui susurrer des mots doux à l’oreille et le voyant réceptif, lui donner un coup sur la tête et partir en protestant, « Vous y avez vraiment cru? ».
En agitant son éventail devant son visage, elle pouvait signifier qu’elle n’était pas intéressée et détourner la tête pour le confirmer. Plus évidemment, les jours de chaleur avec leur corset contraignant, elle pouvait dire qu’elle avait des difficultés à respirer. Un peu fleur bleue, feindre un malaise en espérant qu’un beau jeune homme vienne la secourir, elles avaient aussi leurs ruses.
Origines et usages

Entre mythe et réalité, on peut imaginer des usages et en vérifier par des recherches documentées. De nos jours, entre le ventilateur et la climatisation, l’éventail a battu de l’aile et s’est envolé, volatilisé. Il n’est pas inexistant non plus mais il a perdu en valeur et en qualité même si des artisans et passionnés doivent continuer à en fabriquer. L’éventail a, en fin de compte, été classé Patrimoine Immatériel de l’UNESCO, un bel hommage à un objet historique.
Pour en savoir plus : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/affaire-en-cours/l-eventail-rend-visible-notre-place-dans-la-societe-1352560
En 1938, l’éventail était un objet nostalgique qu’on aurait voulu voir réapparaître. Source : RetroNews : https://www.retronews.fr/journal/seduction/26-mars-1938/26/d27639a1-0af4-4401-88d6-e5fb26d095a8?search_text=usage+de+l%27%C3%A9ventail
A l’origine, les éventails étaient d’origine asiatique, en particulier de la Chine et du Japon. Dans les églises orientales, le diacre se servait d’éventails ayant la forme d’un chérubin avec ses ailes. En Grèce, le diacre userait de l’éventail pour chasser les mouches incommodant le prêtre durant les cérémonies. Les éventails furent introduits d’Italie en France sous le règne d’Henri III en 1575. D’abord fabriqués à Rome et en Espagne, ils finirent par être en vogue en France et finalement la tendance s’inversa et c’est la France qui en exporta partout en Europe. Voilà ce qu’un journal de 1836 disait. Source RetroNews : https://www.retronews.fr/journal/le-moniteur-industriel/02-juin-1836/3/de81e38f-bcb5-4aef-acd1-3522b1f8181a?search_text=usage+de+l%27%C3%A9ventail
L’éventail pouvait aussi être un instrument de danse. Outre le shamisen, les Geisha en font joliment usage en musique. Source : Google Image


Raisons et justifications
En toute époques et en tout lieu, l’éventail permet d’entretenir un mythe, un mystère, un fantasme. Il se fut un temps où les femmes ne pouvaient briller que par leur beauté et leur charme puisque les interdictions étaient nombreuses et leur liberté restreinte. L’homme avait tout le pouvoir.
L’éventail se devait d’être magnifiquement orné et dans les plus belles matières. De soie, de plumes, couleurs chatoyantes ou pastelles, uni ou à motifs, c’était un véritable bijou et parfois, un objet de convoitise et de rivalité. L’image renvoyée était importante.
L’éventail pouvait aussi être un moyen de passer inaperçu en apportant plus de discrétion puisqu’il peut permettre de cacher son visage et ne pas être reconnu en passant. L’Impératrice Elisabeth d’Autriche en a fait un atout essentiel à sa fuite, elle qui jouait à cache-cache quotidiennement. Parmi ses surnoms, on retrouve celui d’Impératrice errante. (RetroNews : https://www.retronews.fr/journal/le-jardin-des-lettres/01-mai-1939/3/58889319-e326-4c47-939a-1ed70c1adf6e?search_text=Elisabeth+d%27autriche)

Objet d’art et de fascination, et si l’éventail pouvait renfermer une histoire, un récit, un message codé ou non? Une dédicace, un souvenir, les femmes avaient plus d’un tour dans leurs manches !
Le musée d’Art et d’Histoire Suisse,https://www.mahmah.ch/collection/galeries-mah/la-mode-de-leventail?view=masonry&sort=default, regorge de trésors tout comme le musée Hervé Hoguet, https://www.amis-musee-eventails.com/le-musee/. Ce ne sont pas les seuls lieux…

Source : Google Image


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