géopolitique

L’Alsace
L’alsacien était interdit, Sprachverbot, et l’usage du français a été imposé. Ainsi, le dialecte s’est appauvrit et perdu au fil des années. Langue régionale, il représente pourtant toute une population, des générations entières où le parler était tout à fait naturel. Alsace, région frontalière à l’Allemagne, l’association à l’allemand est facile et beaucoup ne se privent pas, encore aujourd’hui, de nous dire, à nous, alsaciens, qu’on est allemand. Non, alsaciens et on parle la langue régionale, l’alsacien.
Trois guerres, trois occupations allemandes, 1870, 1914-1918 et 1939-1945, les deux guerres mondiales où on nous a fait changer de nationalité et forcé à pratiquer l’allemand. Dans ce contexte, parler alsacien était un moyen de se démarquer et de protester contre l’oppression de l’occupation.
Puis, considérés comme allemands par les autorités, certains ont été obligés de rejoindre l’armée allemande et de combattre des français, leurs propres compatriotes. La guerre finie, ces honnêtes soldats, victimes des conséquences de l’occupation, ont été jugés en criminels de guerre. Leur cause a finalement été reconnue et on les a regroupé sous la dénomination des Malgré-Nous puis des Malgré-Elles. Ils ont dû prouver sur plusieurs générations qu’ils étaient bel et bien français.
Simone Morgenthaler dénonce l’interdiction de la langue, pourtant bien ancrée dans les familles. La république le proscrit dans les années 60 dans les écoles primaires. https://www.simonemorgenthaler.com/lalsacien-langue-interdite/
Il est vrai que les alsaciens ont changé plusieurs fois de nationalité. Mon arrière grand père est né en 1900, il naît allemand (L’alsace suite à la guerre de 1870) puis vient la Première Guerre Mondiale où la France récupère l’Alsace, il redevient français, puis vient la Seconde Guerre Mondiale, nouvelle occupation allemande, par les Nazis, il est allemand, la guerre se termine, il retrouve sa nationalité française. En 1900, il naît d’une famille française mais sur une terre occupée par l’Allemagne de Bismarck.
Cet article parle même de la mort d’une langue : https://jean-claude-trutt.com/bloc-notes/mort-dune-langue-lalsacien
L’Alsace et les deux Mathilde relate ce problème identitaire et linguistique : https://share.google/CFZqiuaGYYz2rFxwh
De nos jours, l’alsacien est défendu et protégé, enseigné à l’école primaire, l’accès est rétabli et ce n’est plus une honte de le pratiquer mais une fierté et une nostalgie familiale, une connotation sentimentale, un héritage régional faisant partie de l’histoire. https://www.olcalsace.org/
« Le cadre juridique de la langue régionale a été modifié par le vote du Congrès réuni à Versailles le 21 juin 2008 introduisant dans la Constitution un article 75-1 précisant que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». » https://www.olcalsace.org/fr/observer-et-veiller/statut-de-la-langue
En 2008, un scandale éclate au Pôle Emploi de Guebwiller portant encore un coup à l’identité régionale. Malgré une réintroduction de la langue dans la société, avec les noms de villes, village, rue, écrit en français et en alsacien, la célébration du bilinguisme, des jugements et rejets persistent. Il se fut pourtant un temps où c’était la langue maternelle avant le français qui arrivait en seconde position.
« En fin 2008, le Pôle Emploi de Guebwiller, suite aux recommandations insistantes de la
HALDE*, refuse de publier une annonce d’emploi dans laquelle l’employeur signale
souhaiter la connaissance de l’alsacien. Cette énième gifle que porte la République Française
au visage de l’Alsace est justifiée par la sacré-sainte lutte contre les discriminations, fer de
lance du droit de l’hommisme et de l’antiracisme triomphant, qui sont le nouveau
catéchisme de la vieille République et de l’Europe nouvelle. Ils constituent la nouvelle
idéologie française et européiste, successeur du poussiéreux jacobinisme de la IIIème
République. »
Au sein de ma famille, des mots alsaciens cohabitent avec des mots français dans nos échanges, un accent s’entend aussi et cela est naturel et spontané bien qu’avec la disparition de ma grand-mère, la dernière personne de la famille qui parlait encore les trois langues, alsacien, français et allemand, les choses ont changé. On se rend moins souvent et moins systématiquement en Allemagne, je n’entend plus à la télévision la chaîne allemande ni RundUm de France 3… Mais je sais que beaucoup de familles alsaciennes ont des points communs avec la mienne.
Nous ne sommes ni allemand ni collabo. Deux membres de ma famille ont été envoyés dans des camps, Tambow et Schirmeck, l’un d’eux étaient dans la résistance.
L’Alsace s’est battue pour son identité et sa reconnaissance. La zone des trois frontières, France, Allemagne et Suisse, l’Autriche un peu plus loin, chacun vit en harmonie les uns avec les autres. On travaille en Suisse, on sort en ville en Allemagne, on va en vacances en Autriche. On ne parle plus de ligne bleue des Vosges comme frontière. Les tensions se sont apaisées.
La question de l’identité et de la langue se posent encore, malgré ces progrès.
« Après la première guerre mondiale, les Alsaciens étaient sommés de renoncer à leur langue
qui était celle de l’ennemi allemand, ils se devaient d’abandonner sans condition leur
identité et leur culture au nom des valeurs du « pays de la liberté », au nom de
l’universalisme français, au nom de la France et de son roman national. Aujourd’hui on les
force et on leur demande encore abandonner leur langue (oder wàs noch devun ewerig
bliibt) au nom des valeurs d’un humanisme dévoyé, au nom d’un universalisme égalitaire
devenu enfin globale et mondialiste.
En Alsace rien n’a changé, les Alsaciens sont toujours coupables d’être eux-mêmes et de
vouloir faire vivre leur langue et leur culture, hier stigmatisés comme ennemis du peuple et
traitres à la « Grande Nation », aujourd’hui puisque toute forme d’attachement réel à sa
nation, sa région ou à sa culture est rendu fortement suspect par l’idéologie prétendument
humaniste qui règne aujourd’hui en France et en Europe.
Et c’est toujours la même logique manichéenne qui est à l’œuvre de la part de l’idéologie
d’État du moment, qu’elle soit d’obédience nationaliste, chauvine et raciste comme hier ou
internationaliste, humaniste et antiraciste comme aujourd’hui, pour culpabiliser et combattre
des aspirations et des comportements des plus légitimes, comme en l’occurrence parler sa
propre langue dans son propre pays !«
Le récit intégrale : http://emig.free.fr/ALSACE/pdf/PE-1.pdf
Son témoignage est édifiant et il s’indigne : « Seine eigene Sprache in seinem eigenen Land zu sprechen. », « Parler sa propre langue dans son propre pays. » N’est-ce pas, en effet, un droit fondamental et universel?
Ainsi, si je dis que je vais manger une part de Schwartzwald avec un verre de Kir et lancer à mon voisin, « S’Gilt! », va t-on me comprendre? Si mon grand-père me dit qu’il va lire die Zeitung, je le comprend. Si ma tante me dit qu’on va manger frischti, je la comprend. Si elle lance au chat, « Raus! », il s’exécute. Mais pour les personnes extérieures à la région, il faut traduire en français.
Le comble est venu récemment : « Municipales à Strasbourg : le tract en arabe et en turc d’un candidat d’extrême gauche fait polémique » https://www.lejdd.fr/politique/municipales-a-strasbourg-le-tract-en-arabe-et-en-turc-dun-candidat-dextreme-gauche-fait-polemique-164150
L’interdiction de la langue ukrainienne
La première partie visait à expliquer combien la question identitaire et linguistique pouvait être cruciale pour tout un peuple qui souhaite son indépendance et sa liberté.
En juin de l’année dernière, l’ambassade d’Ukraine en France publie cette déclaration :
« Nous considérons la décision des autorités russes d’interdire l’étude de la langue ukrainienne dans les écoles des territoires temporairement occupés de l’Ukraine comme une nouvelle manifestation de la politique génocidaire de Moscou.
La Russie impériale, qui manipule systématiquement la question linguistique pour justifier l’agression, poursuit une politique ciblée de russification, d’assimilation, d’extermination génocidaire de peuples entiers, d’oppression d’autres cultures et de suppression de l’identité nationale.
Nous vous rappelons qu’au cours des siècles, la Moscovie a tenté d’interdire la langue ukrainienne plus de 130 fois. Finalement, les auteurs de ces tentatives ont péri avec leurs décrets, leurs circulaires et leurs dénonciations, et la langue ukrainienne a survécu à tous ses oppresseurs.
Les tentatives modernes de poursuivre la répression tsariste et le linguocide stalinien seront également vaines.
Aux chauvins russes qui ont décidé d’«interdire» une fois de plus le mot ukrainien dans la région de Kherson, nous pouvons répondre par les mots du grand natif de la région de Kherson, Mykola Kulish : «Chaque mot est convaincant quand les armes résonnent derrière lui!» Aujourd’hui, la langue ukrainienne n’est pas inactive. Derrière cela se cache la puissance de l’armée ukrainienne et de ses armes. Par conséquent, toutes les «interdictions» russes sont aussi fausses et temporaires que l’occupation russe.
Les occupants périront, mais Chaplynka Kulisha et le reste de Kherson, Zaporizhzhia et notre Sud étaient et seront l’Ukraine. Et lorsque la botte russe sera levée du sol ukrainien, un mot ukrainien choisi et fort la suivra. » https://mfa.gov.ua/fr/news/komentar-mzs-shchodo-zaboroni-rf-vivchennya-ukrayinskoyi-movi-v-shkolah-na-timchasovo-okupovanih-teritoriyah-ukrayini
Pour aller plus loin : https://www.radiofrance.fr/franceculture/l-histoire-de-l-ukrainien-une-langue-aux-accents-russes-8429071
La Russie répond à travers son ambassade :
« Dès l’indépendance de l’Ukraine les autorités du pays ont pris la voie de la lutte contre la langue russe.
Le 22 février 2014. Dmytro Iaroch, leader de l’organisation extrémiste « Secteur droit », futur député du peuple ukrainien de la VIIIe législature : « Nous estimons que la dérussification de l’Ukraine est un processus totalement juste et indispensable. La notion de dérussification signifie que les Ukrainiens ethniques reviendront à leur propre langue, histoire et identité ».
Kiev s’est constamment attaché à fixer par la législation le rôle dominant de la langue ukrainienne par l’interdiction totale de la langue russe.
En août 2021 le président Volodymyr Zelensky a appelé ouvertement tous les habitants de l’Ukraine qui se considèrent comme Russes à quitter le pays. » https://russianunesco.mid.ru/fr/espace_medias/actualites/sur_les_represailles_a_legard_de_la_langue_russe_en_ukraine/
Une série de lois et de mesures ont été votées afin de promouvoir l’ukrainien et l’identité nationale à savoir, la nationalité ukrainienne et excluant le russe. Une manière d’affirmer son identité et sa langue pour les ukrainiens, de combattre l’occupation russe et la guerre en rappelant que les ukrainiens sont chez eux, une russophobie pour les russes qui se sentent rejetés et éliminés alors qu’ils ont une histoire commune.
Comme les alsaciens qui ne voulaient pas devenir allemands et retrouver leurs terres, leur culture, leur langue, les ukrainiens se défendent aussi. Ils ont déclaré leur indépendance en 1991 à la chute du bloc soviétique et ils veulent intégrer l’Union Européenne et l’OTAN.
Ils veulent la liberté d’exister sans violence, sans oppression, être eux-mêmes sans répression, sans restriction, sans danger, sans peur, vivre simplement, tranquillement chez eux, sur leurs terres. Disposer de son territoire comme pratiquer sa propre langue est un droit fondamental qu’on ne peut retirer à quiconque.
Ce que dit la loi
Sur le site de l’OTAN, on peut lire :
« L’OTAN condamne avec la plus grande fermeté la guerre d’agression brutale que la Russie a déclenchée contre l’Ukraine en l’absence de toute provocation. L’Ukraine est un pays indépendant, pacifique et démocratique qui coopère étroitement avec les pays de l’Alliance depuis plus de 30 ans, dans le cadre d’un partenariat qui les renforce mutuellement.
L’OTAN soutient l’Ukraine dans l’exercice de son droit fondamental de légitime défense et coordonne l’aide que les Alliés et les pays partenaires apportent à Kyïv. Depuis 2022, les pays de l’Alliance ont fourni à l’Ukraine un soutien militaire d’une ampleur sans précédent, à hauteur de plusieurs milliards d’euros ; cette assistance, absolument vitale, prend notamment la forme d’équipements, de matériel ou encore d’activités de formation.
La meilleure façon de contribuer à mettre fin à la guerre et à instaurer une paix juste et durable est de faire en sorte que l’Ukraine soit en position de force au moment de prendre part à tout processus de négociation ; c’est dans cet esprit que les Alliés s’attachent à lui fournir le soutien dont elle a besoin. » https://www.nato.int/fr/what-we-do/partnerships-and-cooperation/natos-support-for-ukraine#:~:text=L’Ukraine%20n’est%20pas,trait%C3%A9%20fondateur%20de%20l’Alliance.
Quant à son adhésion à l’UE :

« L’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022, accélère fortement les choses. Soutenu par l’Union européenne, le président ukrainien Volodymyr Zelensky transmet une demande d’adhésion dès le 28 février. La Moldavie et la Géorgie font de même le 3 mars, inquiètes des risques de déstabilisation dans la région.
Le 8 novembre 2023, la Commission européenne recommande d’ouvrir les négociations d’adhésion avec l’Ukraine et la Moldavie, et de reconnaître officiellement la Géorgie comme pays candidat. Le Conseil européen du 14 décembre 2023 entérine ces recommandations et lance une nouvelle phase du processus d’intégration. C’est une avancée majeure pour les trois pays, même si leur intégration complète nécessitera encore de nombreuses étapes et réformes. » https://www.touteleurope.eu/fonctionnement-de-l-ue/elargissement-de-l-ue-pourquoi-l-adhesion-de-l-ukraine-de-la-georgie-et-de-la-moldavie-n-est-pas-pour-demain/
Encore un peu de patience donc mais l’Ukraine est bien entourée.
La Chartre des Nation Unies précise bien dans article 1.2 :
« Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde; »https://www.un.org/fr/about-us/un-charter/chapter-1
L’article premier du Pacte international relatif aux droits civils et politiques datant du 16 décembre 1966 stipule que :
« 1. Tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel. »
En France, la loi dit :
« Art. 1er. – Langue de la République en vertu de la Constitution, la langue française est un élément fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France.
Elle est la langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics.
Elle est le lien privilégié des Etats constituant la communauté de la francophonie. »
Il s’agit de la loi Toubon de 1994 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000349929
Cela ne doit pas être différent en Ukraine, des lois équivalentes existent certainement.
Auxquelles s’ajoutent les dispositions suivantes :
Titre Ier : PROTECTION PATRIMONIALE DES LANGUES RÉGIONALES (Articles 1 à 6)
- Article 1
Le second alinéa de l’article L. 1 du code du patrimoine est ainsi modifié :
1° Sont ajoutés les mots : « et du patrimoine linguistique, constitué de la langue française et des langues régionales » ;
2° Est ajoutée une phrase ainsi rédigée : « L’Etat et les collectivités territoriales concourent à l’enseignement, à la diffusion et à la promotion de ces langues. »



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