This entry is partie 64 de 66 in the series philosophie, psychologie, société

philosophie, psychologie, société

Réflexions autour de l’évolution des droits

Les incivilités au petit coin

Blocage et détresse

L’ascenseur émotionnel

Réflexions et évidences

Un peu de philosophie

Des pistes de réflexion

Les profils idéaux

Mode capillaire 80-90 jusqu’à maintenant

D’r Strubelpeter und d’r Schwàrz Peter

La flemme !

Le niveau intellectuel en France

L’emprise

Cherchons-nous toujours à avoir ce qu’on a pas?

Les animaux et les enfants

La retenue

La solitude, le vide, le manque, l’absence

L’enfance

Les mots font mal

Un soir à Bâle…

Le Yin et le Yang

La différence

Parler ou se taire?

La SNCF

L’information, ses intérêts, ses enjeux, ses conséquences

Les temps changent

La différence d’âge dans les relations amoureuses

Vieillir

Trouver la force en soi

Portrait d’un tyran

Le travail en France

Qu’est ce qui fait un grand homme ?

L’empathie

Expérience japonaise

La volonté d’y croire

La responsabilité des parents dans le devenir de leurs enfants

Réflexions personnelles autour de Scott Peck

Comprendre un individu

L’information (partie 2)

Discours, information et renseignement

Les retrouvailles

La contemplation

Quelques réponses au sondage

Les rêveries nostalgiques d’une génération passée

Déni, lâcheté et non-dits

Réflexions sur la société

Absence de réponses et négation

Dans la gare de Rouen, trône là un piano…

Le piano de la gare de Rouen

Nostalgie pour le vieux continent

À tout ceux qui vont avoir 30 ans prochainement

L’affection

Que la violence cesse !

Le Temps

Discrimination

Mais où est donc passé l’Amour?

Une affaire embarrassante

Les victimes

La réception d’une nouvelle

Réflexions autour des leviers d’influence

Normalisation

La dénonciation

Des preuves sous les yeux

Le fléau national russe

Un peu de psychologie

Traduction de dialogues

Les Déchus de Maxime Gorki

Les Déchus (publié en 1897) de Maxime Gorki est une illustration du phénomène. Sa nouvelle aurait pu s’intituler Le cercle des alcooliques anonymes.

L’écrivain offre une description précise de chacun de ses personnages.

Des hommes paumés, abîmés par la vie qui trouvent refuge auprès de ce capitaine qui tient cet asile comme il l’appelle. Le capitaine apparait comme une figure centrale autour de laquelle gravitent ces hommes qui vont et viennent.

Certains se plaisent à déclarer qu’ils ont fait un petit séjour en prison avant de venir. Il y en a un qui assure que ce n’était pas si mal puisqu’il a apprit à lire et pas n’importe quel livre : la Bible.

Imbibés d’alcool, tous se lancent dans des récits et des discours philosophiques face à un auditoire plus ou moins attentif.

Le travail leur permet de se payer de quoi boire et donc de se détendre, lâcher prise et s’exprimer pleinement.

Sous les effets de l’ivresse, des accès de violence sont possibles et arrivent fréquemment. Des séquelles irréversibles sont observables. L’un des personnages accusés à tord en grade une marque au cou qu’il peine à tenir droit et c’est ainsi toute sa posture qui s’en retrouve modifiée, penchée vers le bas, la voix rauque.

L’alcool, les conversations, les bagarres, toute une ambiance quotidienne que l’auteur se plait à mettre en scène. Les femmes sont exclues du décor.

Dans le froid, la misère, vêtus de guenilles, l’absence de famille morte de maladie ou disparue, chacun vient avec son vécu et son expérience.

L’espérance de vie est courte. A l’approche de la cinquantaine, en menant ce train de vie, tous savent qu’ils en ont plus pour très longtemps et qu’ils doivent profiter du temps qui leur reste.

Un passé marquant, un avenir tragique, il reste le présent, voilà leur sentiment, conscients de cette réalité malheureuse.

Au fil des lignes, on voyage ainsi dans la Russie du XIXe siècle.

La situation présente à travers les statistiques

Depuis 1990, on constate une surmortalité et une crise démographique après la chute de l’URSS. En 1990, l’espérance de vie des hommes était de 57 ans et en 2018, 68 ans contre 78 ans pour les femmes.

En 2001, la vodka est devenue illégale en Russie alors les gens se sont rabattus sur la bière qui est ainsi apparue comme une nouvelle forme d’alcoolisme. La bière représente 33% de la consommation, c’est moitié moins que les alcools forts qui s’élève à 63%.

Selon un rapport de l’OMS, la consommation d’alcool a chuté de 43% entre 2003 et 2006. Maintenant, les russes en sont à 11,7L/an (auparavant 17,6L) comme les français. L’espérance de vie est en hausse. En 1970, c’était 21,5L/an, la consommation a donc été divisée par deux.

En 2012, on comptait 13,9 L de vodka par personne. Le Biélorusse, 11,3L, l’Ukraine, 7,7L et le Kazakhstan, 5,9L. Les américains, 1,9L (en comparaison, le contraste est parlant).

Un homme russe boit en moyenne 20L par an. 25 à 35% des hommes meurent avant 55 ans. Ils boivent 2L par semaine soit 3 à 4 bouteilles d’un demi litre.

L’espérance de vie moyenne des russes est de 64 ans. Les dirigeants politiques qui se sont succédés, du Tsar Nicolas II à Poutine, malgré des tentatives de restrictions, d’hausse des prix, d’interdictions, ont tous échoué pour éradiquer ce fléau.

En cas d’interdiction, les gens fabriquent du samogon, alcool de contrebande, distillés à la maison de 50 à 60 degrés. Si ce n’est pas possible, ils boivent de l’antigel et autres produits ménagers qui pourrait contenir de l’alcool. Dans un cas comme dans l’autre, cette consommation est dangereuse pour la santé.

Afin de lutter contre l’alcool de contrebande et pour apporter une stabilité suite aux variations de prix au fil de l’évolution des restrictions, un demi litre de vodka a été fixé à 2,4 euros à compter du 1er février 2015.

En 2014, le gouvernement a procédé à un gel des prix pour des raisons sanitaires et économiques. En 2015, on observe une baisse de 16% du prix de la vodka. Cette baisse avait pour but d’entretenir la popularité du président en rendant plus accessible cet alcool extrêmement populaire.

Depuis le début de l’année 2025, la production d’alcool a baissé de 16%.

En 2025, la vodka atteint un marché de 31,38 million de décalitres contre 33,40 en 2024 soit une baisse de 10,9%.

D’après les prévisions, les perspectives du marché en 2035 verront une augmentation de 7,22% entre 2025 et 2035. En 2024, l’estimation s’élevait à 1686,1 million de dollars et devrait atteindre 3630,7 million de dollars en 2035. C’est un marché lucratif.

La boisson nationale russe

La vodka est la boisson nationale russe accompagnant aussi les coutumes, les fêtes dans la convivialité. C’est une eau de vie de pommes de terre ou de céréales ( blé ou seigle) voire de betterave qui contient entre 40 et 45 degrés d’alcool. Les russes aiment les alcools forts.

D’abord perçu comme un médicament, elle est devenue rapidement un objet d’engouements festifs et destructeurs. L’alcoolisme est un problème national qui pose la problématique du suicide lent et collectif. L’alcool est aussi un calmant.

La vodka est considérée comme l’eau de la vérité, le taux d’alcool comme la mesure de la masculinité. « Boire, c’est comme jurer : pas forcément joli mais réel. »

« L’alcool nous apporte la mort, l’alcool nous apporte la vie. » Schnur. « La plupart des gens sont conçus dans la stupeur de l’alcool, personne ici n’aime aimer sans alcool. »

L’alcool est une poésie en Sibérie dans la taïga, « forêt boréale ou encore forêt hudsonienne« .

La vodka est consommée davantage comme tradition plutôt que par plaisir d’ivresse. Ces beuveries sont surnommés des zapoï.

Zapoï : Désigne un état d’ébriété volontaire et prolongé. Plus qu’un rituel festif, la consommation excessive d’alcool sert dans ce cas à combattre l’absurdité de l’existence, à oublier ce spleen typique de l’âme russe. Fuite dans l’ivresse qui peut durer plusieurs jours, le zapoï est considéré comme un dangereux phénomène de société, ses adeptes se retrouvant exclus temporairement du cours de la vie « normale ».

L’alcoolisme renvoie au terme de serpent vert, terme désignant l’ivresse. Cela fait penser à l’absinthe surnommée la fée verte. L’absinthe rendait fou tant le taux d’alcool était élevé et la consommation excessive. Dans le Paris du XIXe siècle notamment, c’était aussi un fléau et une problématique majeure à résoudre.

Boire libère la parole et crée une ambiance propice au partage de récits, de souvenirs, d’aventures, de conseils et recommandations… Boire permet de briser la glace et de lâcher prise.

L’incitation à boire est courante, c’est même une habitude qui contribue à l’amitié et à la convivialité. Chacun est invité à boire.

Et puis, l’alcool (surtout s’il est fort) réchauffe en période de grands froids. Les hivers sont rudes.

« La majorité des gens sont ivres, personne ici n’aime faire l’amour sans alcool. »

L’artiste Vladimir Vysotsky chantait :

« Le matin qui vient sera plus calme!
Mais au matin, ça ne va pas,
Rien de réjouissant :
Ou tu fumes à jeun,
Ou tu bois sur ta gueule de bois.
« 

L’alcool est une affaire d’hommes. Sous l’influence de l’alcool mais aussi de la drogue, des violences domestiques peuvent survenir. Le zapoï est une frénésie continue qui peut durer des jours et des semaines.

« En Russie, la mort a souvent un goût de serpent. »

« Si tu as peur que ton foie ne le supporte pas, tu n’as qu’à boire du vin rouge sec. »

Boire permet de trouver l’inspiration. On peut aussi boire par désespoir, boire pour oublier.

La consommation d’alcool fait partie intégrante de la culture du pays.

Poutine

Vladimir Poutine entretient une sobriété qui lui permet d’être sain d’esprit, en bonne santé et sportif ce qui contraste avec sa population enclin au fléau de l’alcoolisme.

Il souhaite montrer l’exemple. En définitive, la santé est utilisée comme un moyen de propagande.

Un article de 2025 rapporte qu’il aurait dit que « la vodka aide à vivre plus gaiement« , que « sans aucun doute« , elle « pourrait aider le monde entier à être de meilleure humeur« .

Le marché de l’alcool et en particulier de la vodka est bon pour l’économie du pays alors les restrictions ont été abandonnées, au mépris de la santé du peuple.

Sources :

https://charliehebdo.fr/2020/05/international/en-bielorussie-alexandre-loukachenko-preconise-la-vodka-contre-le-covid-19

https://www.radiofrance.fr/franceinter/en-premiere-ligne-alexandre-loukachenko-le-dictateur-qui-ne-croit-pas-au-covid-19-5193271

https://www.slate.fr/culture/histoire-bannir-vodka-russie-impossible-prohibition-alcool-dirigeants-tsar-nicolas-ii-lenine-staline-gorbatchev-urss

https://www.geo.fr/voyage/odnoliub-skrip-zapoi-10-mots-russes-intraduisibles-204757

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ta%C3%AFga

https://www.mediamus.fr/2020/01/vladimir-vissotski-chante-ma-tzigane-en.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alcool_de_contrebande

https://youtu.be/3iEOf_WQNZo?si=ru-Xg5HJALeGJusM

https://www.bfmtv.com/international/asie/russie/les-russes-champions-du-monde-de-consommation-de-vodka_AN-201306180122.html

https://www.lefigaro.fr/international/les-russes-boivent-de-moins-en-moins-d-alcool-20191002

https://www.sos-addictions.org/2014/02/10/vodka-tabac-les-russes-en-meurent-la-russie-en-mourra/

https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2014/revue-medicale-suisse-417/alcoolisme-et-vodka-les-nouveaux-chiffres-de-l-equation-russe

https://www.huffingtonpost.fr/life/article/russie-la-vodka-liee-a-35-des-deces-d-hommes-de-moins-de-55-ans_31550.html

https://www.netrussie.com/blog/vodka-et-russie-une-histoire-de-boisson-et-de-mort/

https://www.lalibre.be/international/europe/guerre-ukraine-russie/2025/07/09/guerre-en-ukraine-alors-que-les-russes-boivent-de-plus-en-plus-la-production-de-vodka-chute-en-russie-YWFSMKO3NVFYXO3R7WVUUYC7MI/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alcoolisme_en_Russie

https://www.sphericalinsights.com/fr/reports/russia-vodka-market

https://www.lefigaro.fr/international/aider-le-monde-entier-a-etre-de-meilleure-humeur-vladimir-poutine-vante-l-exportation-de-la-vodka-russe-20250628

https://www.letemps.ch/societe/1er-janvier-vodka-un-produit-illegal-russie?srsltid=AfmBOope5TcYuc5rGnWkAoiL0yvRFmuaATb9zuFiHt1c1VSP8Mczi24W

https://www.rfi.fr/fr/economie/20141225-russie-chute-rouble-poutine-gele-vodka-sanctions-sanitaire-recession

https://www.bfmtv.com/international/asie/russie/russie-le-prix-de-la-vodka-abaisse-par-un-decret-de-poutine_AN-201502040072.html

Photo d’illustration : https://www.bewaremag.com/affiches-anti-alcool-sovietiques-annees-1970-1980/

philosophie, psychologie, société

Des preuves sous les yeux Un peu de psychologie

2 réponses à « Le fléau national russe »

  1. Je suis mi-russe (même s’il faut remonter à mes arrière-grands-parents pour trouver quelqu’un qui y est né). Heureusement, cette habitude n’a pas croisé l’Atlantique avec mes aïeux !

    1. Ça m’a beaucoup intrigué ce mot de la fin, que le peuple soit alcoolique mais que Poutine fasse vœu d’abstinence. Encore un détail qui a son importance, comme Trump qui a anglicanisé son nom allemand Trumpf (à cela s’ajoute son père et l’éducation qu’il a reçu), Hitler qui avait peur d’avoir une infime part de lui-même juif et qui en faisait confidence à son médecin personnel et on sait qu’il a exterminé 6 million de juifs lors de la Shoah…

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« Tous les arbres résonnent
Et tous les nids chantent
Qui donc tient la baguette
Dans le vert orchestre de la forêt?

Est-ce là-bas le vanneau gris,
Qui sans cesse hoche la tête, l’air important?
Ou est-ce le pédant qui tout là-bas
Lance toujours en rythme son coucou?

Est-ce cette cigogne qui, la mine sérieuse ,
Et comme si elle dirigeait,
Craquette avec sa longue jambe
Pendant que tous jouent leur musique?

Non, c’est dans mon propre cœur
Qu’est le chef d’orchestre de la forêt ,
Et je le sens qui bat la mesure,
Et je crois bien qu’il s’appelle Amour. », Heinrich Heine

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